Les jours fragiles, Philippe Besson

                Philippe Besson imagine le journal de la sœur de Rimbaud, au moment où celui-ci se fait amputer d’une jambe, lors de la guerre entre la France et la Prusse. Isabelle accompagne ce frère, dans ses derniers moments et elle le découvre sous une autre facette. Elle ne voudrait se souvenir que de leur complicité lorsqu’ils étaient enfants, de leurs étreintes et du brillant poète reconnu par ses pairs qu’il était jadis. Mais il lui jette sa double personnalité à sa face et c’est un rebelle haineux et meurtri qu’elle doit affronter pendant sa maladie. Pourtant, alors que leur mère le rejette parce qu’elle n’accepte pas sa vie dissolue, en dehors des rails de l’église, sa sœur essaie de le comprendre et elle est prête à excuser cette destinée peu ordinaire et scandaleuse qu’il a connue. Elle lui accorde des circonstances atténuantes pour ses incessants départs vers des mondes lointains et ensoleillés. Comment un être aussi exceptionnel, en quête d’idéal et avec un goût irrépressible pour l’insondable, aurait-il pu s’épanouir dans la campagne étriquée des Ardennes aux températures hostiles et au peuple « rugueux » ? « On l’a poussé vers le dehors à force de le censurer, de le rabougrir, de le ratatiner, de le racornir. » Elle explique sa cruauté par la souffrance quotidienne qu’il endure et par les sévices qu’il a subis dans le passé : son agression par Verlaine et surtout le viol qu’il a évoqué dans le poème Le cœur supplicié. Elle s’accommode de son homosexualité quand il lui fait partager son attendrissante histoire d’amour avec Djamil, le jeune Abyssinien qu’il voudrait aller rejoindre. En guise de reconnaissance pour son dévouement dans les derniers jours de sa vie, Isabelle n’a droit qu’à de la perfidie, du sarcasme et de la cruauté. Pourtant, elle gardera un goût amer pour son enterrement pathétique où elle était seule avec sa mère qui a banni ce fils dont elle avait honte.

                C’est encore une fois grâce à son extrême sensibilité que Philippe Besson arrive à nous rendre attachant ce poète maudit qui ne fait rien pour se faire aimer, à travers le journal de sa sœur dont le portrait est émouvant de sincérité.

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