Une bonne raison de se tuer, Philippe Besson

                Ce roman raconte une journée bien particulière dans la vie de deux êtres solitaires, Laura et Samuel. Laura a décidé de se suicider, Samuel se prépare pour l’enterrement de son fils qui vient de se pendre. Cette journée aura un important retentissement dans le monde entier, non pas à cause des actes que vont accomplir les deux personnages mais parce qu’Obama va être élu président des Etats-Unis ; il s’agit en effet du 4 novembre 2008. Indifférents au bouleversement mondial qui se prépare, à « la rumeur de l’histoire en marche », Laura et Samuel sont enfermés dans une immense douleur qui les conduit à faire le point sur les années passées. Même s’il a divorcé et n’a été un père effectif que tous les quinze jours, Samuel a pourtant le sentiment d’avoir joué son rôle avec sérieux et surtout avec amour et il assume totalement la solitude qu’il a choisie. Pour Laura, c’est plus difficile. Son mari l’a quittée et ses enfants ont choisi de rester avec leur père lors de la séparation. Elle se sent rejetée, délaissée et chaque jour, elle doit se battre pour subvenir à ses besoins. Et surtout, elle vit ses relations avec ses fils comme un échec dont elle est la seule responsable et qui justifient l’acte qu’elle va commettre : « il y a eu trop de pudeurs, de silences, d’occasions manquées, ils sont si habitués à ne rien se dire, ne voulant ni se confronter, ni se dévoiler, désormais c’est trop tard, ils sont empêtrés dans leurs manières d’être, incapables d’en changer, et de toute façon absolument pas désireux d’en changer, ils ne rattraperont pas le temps perdu. Et elle songe que c’est sa faute, forcément, s’ils n’ont pas su créer une connivence, une confiance. Elle s’est trop tenue en retrait, un peu comme si elle était une intruse. Elle a trop privilégié la discrétion, trop prôné la réserve. Il faut dire qu’elle a toujours été effrayée par les débordements. » Ces deux solitudes vont se rencontrer dans l’errance de cette sombre journée, mais arriveront-ils à mettre leur souffrance en commun et, ensemble, à la dépasser ?

                Philippe Besson excelle à analyser les sentiments humains et c’est avec une grande justesse qu’il évoque les rapports entre les parents et les enfants. Ses personnages principaux, qui semblent sortis des tableaux d’Edward Hopper, sont fouillés et même si ce sont des êtres ordinaires, l’auteur sait nous faire éprouver de l’émotion à leur sujet. Les personnages secondaires sont eux aussi très soignés, comme la voisine de Laura chez qui elle se réfugie quand elle a le spleen. Julia est une femme cabossée par la vie dont le fils se bat en Irak, « s’obligeant à la légèreté, à la frivolité, sauvant les apparences pour ne pas céder au désespoir. »

                Le rythme des phrases s’adapte à leur contenu. Elles sont brèves, rapides, incisives pour énumérer les gestes minuscules et répétitifs du quotidien, elles deviennent plus longues et plus amples quand les personnages s’abandonnent à l’introspection. Le choix des mots est efficace, ne serait-ce que pour noter l’inconfort d’une brûlure sur le palais ou pour donner l’atmosphère de Tijuana, « une ville-frontière. La ville du mauvais côté ». Et toujours beaucoup de poésie dans le style pour décrire le spectacle des vagues de l’océan qui se brisent sur la grève par exemple.

                Encore une fois, Philippe Besson se révèle un écrivain bouleversant qui sait transmettre à ses lecteurs sa sensibilité généreuse.

 

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