Garde tes larmes pour plus tard, Alix de Saint-André

                Quand on a de l’admiration pour Françoise Giroud, on a envie de retrouver, dans sa biographie, un peu de son élégance, de sa classe, de la femme libre qu’elle a incarnée ou de son journalisme militant. Quand on se dit son amie, comme le fait Alix de Saint-André, on pourrait montrer un peu d’empathie et de respect pour la dame vieillissante qu’elle est devenue. Ce n’est pas très élégant de commencer le livre par la description d’une femme amoindrie qui a des trous dans ses chaussures et de la bave au coin des lèvres. L’emploi de termes aussi péjoratifs que « sa cervelle se raboutant » ou « court-circuit cérébral »pour parler de ses faiblesses est insupportable. On peut s’étonner d’apprendre un peu plus loin, qu’elle ne lisait pas les livres qu’elle critiquait alors que tout le monde connaît son professionnalisme. Sous prétexte d’être la seule détentrice de la vérité, puisqu’elle fait des recherches en accord avec sa fille, et sous prétexte de vouloir la défendre, l’auteur condamne les autres journalistes (en l’occurrence Christine Ockrent et Laure Adler) qui écrivent sur elle, avec des relents d’une jalousie qui donne la nausée. Or, elle-même s’attarde longuement sur les faits dévoilés par ses consœurs et qui sont l’objet de sa critique : d’une part les lettres anonymes que Françoise Giroud a écrites à la future belle famille de Jean-Jacques Servan Schreiber qui l’avait abandonnée et d’autre part sa judéité ou la syphilis de son père. Par contre, elle n’hésite pas à se mettre en avant et s’applique à montrer sa persévérance et son travail laborieux de documentation. Mais le détail de ses démarches et les échanges de mails avec la fille de Françoise, qui tentent de prouver l’authenticité de ses propos, restent fastidieux et inintéressants.

                On a affaire ici à un livre de règlement de comptes qui dévoile un milieu malsain où l’on égratigne, dès qu’on le peut, ses petites copines. Lire l’œuvre de Madeleine Chapsal, première femme de Jean-Jacques Servan Schreiber, est « une épreuve », à laquelle Alix de Saint-André, en biographe scrupuleuse, va malgré tout se soumettre…Et pourtant, tout ce petit monde hypocrite se retrouvera en pleurs aux obsèques de Françoise Giroud !

                Deux points intéressants cependant dans cette biographie déplaisante. Ce sont les rapports que l’on entrevoit entre la mère et la fille et les mots de Françoise à ce propos : «Vous savez, c’est terrible, ces mères qui ne meurent pas, qui refusent de vieillir, qui n’ont pas de cheveux blancs. » Et, d’autre part, les interviews des petits-enfants sur cette grand-mère atypique.

                En conclusion, cette biographie laisse un goût amer car l’auteur se met plus en valeur, elle, la biographe irréprochable, qu’elle ne met en scène la journaliste admirée et respectée dont elle se dit l’amie.

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