Archives pour juin 2013

Deux vies valent mieux qu’une, Jean-Marc Roberts

                Dans ce court récit autobiographique, Jean-Marc Roberts raconte la récidive de son cancer et le traitement douloureux qu’il est en train de suivre. Il veut certes témoigner de ce qu’il vit avec de nombreuses autres personnes mais il semble aussi que l’écriture soit un compagnon dont il ne peut se passer dans ses derniers moments. Avant de quitter ce monde, il rend un dernier hommage aux deux jeunes filles et à son oncle tant aimé qui ont accompagné ses vacances d’adolescent ainsi qu’au corps médical et aux patients qui partagent ses journées de souffrance.

                Ce livre est émouvant car l’auteur l’écrit dans l’urgence et il ne sait pas si la maladie va lui laisser le temps d’en venir à bout.

Les jours fragiles, Philippe Besson

                Philippe Besson imagine le journal de la sœur de Rimbaud, au moment où celui-ci se fait amputer d’une jambe, lors de la guerre entre la France et la Prusse. Isabelle accompagne ce frère, dans ses derniers moments et elle le découvre sous une autre facette. Elle ne voudrait se souvenir que de leur complicité lorsqu’ils étaient enfants, de leurs étreintes et du brillant poète reconnu par ses pairs qu’il était jadis. Mais il lui jette sa double personnalité à sa face et c’est un rebelle haineux et meurtri qu’elle doit affronter pendant sa maladie. Pourtant, alors que leur mère le rejette parce qu’elle n’accepte pas sa vie dissolue, en dehors des rails de l’église, sa sœur essaie de le comprendre et elle est prête à excuser cette destinée peu ordinaire et scandaleuse qu’il a connue. Elle lui accorde des circonstances atténuantes pour ses incessants départs vers des mondes lointains et ensoleillés. Comment un être aussi exceptionnel, en quête d’idéal et avec un goût irrépressible pour l’insondable, aurait-il pu s’épanouir dans la campagne étriquée des Ardennes aux températures hostiles et au peuple « rugueux » ? « On l’a poussé vers le dehors à force de le censurer, de le rabougrir, de le ratatiner, de le racornir. » Elle explique sa cruauté par la souffrance quotidienne qu’il endure et par les sévices qu’il a subis dans le passé : son agression par Verlaine et surtout le viol qu’il a évoqué dans le poème Le cœur supplicié. Elle s’accommode de son homosexualité quand il lui fait partager son attendrissante histoire d’amour avec Djamil, le jeune Abyssinien qu’il voudrait aller rejoindre. En guise de reconnaissance pour son dévouement dans les derniers jours de sa vie, Isabelle n’a droit qu’à de la perfidie, du sarcasme et de la cruauté. Pourtant, elle gardera un goût amer pour son enterrement pathétique où elle était seule avec sa mère qui a banni ce fils dont elle avait honte.

                C’est encore une fois grâce à son extrême sensibilité que Philippe Besson arrive à nous rendre attachant ce poète maudit qui ne fait rien pour se faire aimer, à travers le journal de sa sœur dont le portrait est émouvant de sincérité.

Quelques-uns des cent regrets, Philippe Claudel

                Le narrateur revient dans le village de son enfance, à la mort de sa mère, qu’il n’avait pas revue depuis plusieurs années. On apprend que sa mère l’a eu à l’âge de seize ans et qu’il ne connaît rien de son père si ce n’est la photo quelque peu mystérieuse d’un aviateur accrochée au mur de la chambre maternelle. En attendant le jour de l’enterrement et en parcourant les rues du village, les souvenirs affluent au détour d’un marché ou d’une maison reconnue. Sa vie défile avec ses malentendus et ses secrets comme ceux qui hantent la servante de l’hôtel qui, toutes les nuits, hurle à la mort de son enfant trop tôt disparu. Arrivera-t-il à retrouver la paix de sa conscience alors qu’il a abandonné sa mère, déjà rejetée par les villageois, ou lui faudra-t-il vivre avec « quelques-uns des cent regrets » quand il approchera la vérité de sa naissance, comme le dit si poétiquement un personnage du roman ? « Les coquillages quand ils se blessent dans la mer, pour calmer leur blessure et la guérir, ils font de belles perles tout autour, des perles toutes moirées, de vrais trésors, qui possèdent le souvenir, la mémoire de la blessure… Eh bien nous autres les hommes, quand on se blesse, ou qu’on blesse quelqu’un, nos perles à nous, ce sont les regrets, on se fabrique de beaux regrets. »

                L’auteur campe des personnages ordinaires dont il sait, par un trait bien senti, dénicher la part d’originalité. C’est l’hôtelier plein de bon sens qui assène des brèves de comptoir (« Des poux on en a plein, une mère, on n’en a qu’une. ») et qui préconise le retour aux sacrifices mayas pour l’équipe de football perdante, pas assez téméraire sur le terrain. Ou encore, l’employé de la morgue qui vante la modernité de ses installations, ou le chauffeur de bus pris de pitié pour les petites bêtes mises à mal par les inondations, ou le premier tueur des abattoirs, dit Merlin l’enchanteur, respecté par tous même si c’est un coureur de jupons avéré, ou aussi le curé de la paroisse qui noie sa solitude et ses doutes dans le vin de messe.

                Encore une fois, c’est avec beaucoup d’affection et de poésie que Philippe Claudel met en scène des êtres meurtris qui essaient de composer avec les tourments de la vie.

Tordu, Jonathan Kellerman

                L’inspectrice, Petra Connor enquête sur le massacre qui a tué quatre jeunes gens à la sortie d’une discothèque. Aidée par Isaac, stagiaire surdoué qui met en évidence des similitudes entre une succession de crimes non résolus, elle va devoir trouver en outre le tueur en série qui entre en scène tous les 28 juin et l’arrêter avant qu’il ne récidive alors que la date fatidique approche.

                Une nouvelle fois, Kellerman mène l’enquête de façon efficace en nous entraînant sur de fausses pistes tout en débrouillant patiemment un écheveau embrouillé et, pour pimenter son roman, il l’assaisonne d’une histoire d’amour sympathique entre son héroïne et un autre policier qui a une vie assez tourmentée.

Emily, Stewart O’Nan

                Après la mort de son mari, Emily, âgée de quatre-vingts ans, se retrouve seule avec son chien, Rufus, et sa belle-sœur qui lui tient compagnie de temps en temps. Tous trois vivent au ralenti et connaissent les mêmes douleurs physiques. Et pourtant, ils doivent composer avec ces désagréments. Souvent, le sommeil gagne Emily et elle a du mal à venir à bout de la liste de tâches qu’elle consigne sur un papier car sa mémoire commence à lui faire défaut. Elle essaie de perpétuer, dans sa famille les traditions auxquelles elle n’a jamais dérogé même si ses enfants et ses petits-enfants qui vivent à des kilomètres d’elle ont d’autres préoccupations et s’éloignent d’elle peu à peu. Parfois frustrée, parfois éprouvant un sentiment d’inutilité, elle donne quand même des conseils, qui ne sont pas suivis, à sa famille, qui comme toutes les familles a ses bons et ses mauvais élèves, ses couples qui marchent et ceux qui se désunissent. Elle regrette ses accrochages avec sa fille, mais, en philosophe douée d’une certaine sagesse, elle sait qu’ils font partie du cycle de la vie et qu’elle-même n’a pas épargné la tranquillité de sa mère. Elle revient sur son existence d’avant la vieillesse et essaie de faire un bilan. Il y a des regrets bien sûr, mais c’est une vie somme toute banale et bien remplie qu’elle a vécue. Et maintenant qu’elle attaque la dernière étape, elle s’organise, elle s’accroche à des petites besognes dont elle remplit ses journées et se donne ainsi l’impression d’avoir une vie débordante d’activités. Des enterrements meublent ses journées ainsi que des visites au cimetière. Le jardinage, quand le temps le permet, succède aux mots-croisés mais elle est aussi passionnée de musique classique et s’intéresse aux expositions de peinture où elle est encore capable d’émotion devant un tableau de Van Gogh. Elle suit les primaires des démocrates qui opposent Hillary Clinton et Barak Obama et exprime son opinion politique. Enfin, elle n’hésite pas à acheter une nouvelle voiture et à se remettre à la conduite après des années d’abandon.

                L’auteur excelle à rendre toutes les petites choses qui comblent une vie dépourvue d’intérêt maintenant qu’amis et conjoint ont disparu et que les descendants ne partagent plus les mêmes façons de vivre. Belle figure de vieille dame très digne qui mène chaque jour des combats pour être autonome et pour ne pas déranger ses enfants dont les visites sont sa plus grande joie et le but de sa lutte pour rester debout jusqu’à la fin du voyage.

Je vais mieux, David Foenkinos

            Un mal de dos aussi soudain que douloureux bouleverse la vie paisible, bien rôdée et sans aspérités du narrateur. C’est d’abord l’affolement. La peur d’être atteint d’une grave maladie l’obsède et l’amène à consulter médecins, ostéopathes, magnétiseurs, ou autres psychologues. Mais, en fait, cette maladie, sans nul doute psychosomatique, lui sert de révélateur et lui fait prendre conscience qu’il a trop longtemps subi son environnement et qu’il s’est toujours complu dans son rôle de victime. Du jour au lendemain, tout va basculer. Au travail, stimulé par la douleur et dans un accès de rage, il agresse son collègue qui l’a toujours humilié sans qu’il réagisse. Il affronte son père qui se complaisait à le rabaisser dès qu’ils passaient un moment ensemble. Il finit par accepter le compagnon de sa fille qui a dix ans de plus qu’elle et qu’il refusait de rencontrer. Enfin, il considère son divorce, demandé par sa femme, comme une libération et reconnaît que son couple ronronnait depuis le départ des enfants. Il prend de l’assurance et ne veut plus vivre dans la compromission en évitant les conflits, comme il l’a fait pendant de trop nombreuses années.

            Jusque-là, et même si le début du roman était un peu laborieux car le mal de dos et la compassion du héros pour son état prenaient un peu trop de place, les changements qui s’opèrent dans son existence restent crédibles. Mais, quand le narrateur tente de se reconstruire et que l’imprévu fait partie de son quotidien, les invraisemblances deviennent difficilement acceptables. Tout était noir, tout devient rose. Un héritage tombe à pic pour régler ses problèmes financiers, le propriétaire de l’hôtel dans lequel il est allé se réfugier a justement besoin de lui pour le rénover, et son nouvel amour est décoratrice d’intérieur, quelle aubaine pour un architecte qui remet à neuf un établissement ! Que dire de la patiente omnisciente qui, rien qu’en le regardant dans la salle d’attente de la magnétiseuse, lui déroule les derniers événements de sa vie et lit même dans ses pensées ?

            C’est malgré tout un livre agréable qui se lit facilement grâce, certainement, à l’humour de l’auteur qui décrit avec justesse cette maladie du siècle dont tout le monde a plus ou moins connu les effets.

Parfums, Philippe Claudel

                Cet abécédaire contient les différentes odeurs qui, comme la madeleine pour Proust, évoquent à Philippe Claudel son enfance et, de temps en temps, les souvenirs de l’adulte viennent prendre le relais de ceux du jeune garçon. Parfois l’auteur nous fait part de considérations légères, même si le parfum, lui, est violent. Ainsi, sous forme d’aphorisme, il évoque le munster : « Le respirer le condamne, le goûter l’amnistie. » D’autres fois, c’est l’odeur de la misère de toute une classe sociale qui apparaît à travers l’odeur du charbon ou celle du chou et qui s’imprégnait aux vêtements de l’élève mis à l’écart par ses camarades. On partage sa tristesse quand, après la mort de son père, dans la maison de son enfance et au milieu d’odeurs familières, il ne ressent plus rien. Ce sont des réflexions plus sérieuses sur l’impact de l’incarcération sur l’homme qui lui viennent à l’esprit quand il se rappelle le parfum des prisons : « Le parfum de la prison est un parfum courbé. »

                Dans ce jeu de correspondances, Philippe Claudel entraîne avec délice le lecteur qui, à la fin du livre, n’a plus qu’une envie, celle de partir à la recherche de ses parfums intimes.

Une bonne raison de se tuer, Philippe Besson

                Ce roman raconte une journée bien particulière dans la vie de deux êtres solitaires, Laura et Samuel. Laura a décidé de se suicider, Samuel se prépare pour l’enterrement de son fils qui vient de se pendre. Cette journée aura un important retentissement dans le monde entier, non pas à cause des actes que vont accomplir les deux personnages mais parce qu’Obama va être élu président des Etats-Unis ; il s’agit en effet du 4 novembre 2008. Indifférents au bouleversement mondial qui se prépare, à « la rumeur de l’histoire en marche », Laura et Samuel sont enfermés dans une immense douleur qui les conduit à faire le point sur les années passées. Même s’il a divorcé et n’a été un père effectif que tous les quinze jours, Samuel a pourtant le sentiment d’avoir joué son rôle avec sérieux et surtout avec amour et il assume totalement la solitude qu’il a choisie. Pour Laura, c’est plus difficile. Son mari l’a quittée et ses enfants ont choisi de rester avec leur père lors de la séparation. Elle se sent rejetée, délaissée et chaque jour, elle doit se battre pour subvenir à ses besoins. Et surtout, elle vit ses relations avec ses fils comme un échec dont elle est la seule responsable et qui justifient l’acte qu’elle va commettre : « il y a eu trop de pudeurs, de silences, d’occasions manquées, ils sont si habitués à ne rien se dire, ne voulant ni se confronter, ni se dévoiler, désormais c’est trop tard, ils sont empêtrés dans leurs manières d’être, incapables d’en changer, et de toute façon absolument pas désireux d’en changer, ils ne rattraperont pas le temps perdu. Et elle songe que c’est sa faute, forcément, s’ils n’ont pas su créer une connivence, une confiance. Elle s’est trop tenue en retrait, un peu comme si elle était une intruse. Elle a trop privilégié la discrétion, trop prôné la réserve. Il faut dire qu’elle a toujours été effrayée par les débordements. » Ces deux solitudes vont se rencontrer dans l’errance de cette sombre journée, mais arriveront-ils à mettre leur souffrance en commun et, ensemble, à la dépasser ?

                Philippe Besson excelle à analyser les sentiments humains et c’est avec une grande justesse qu’il évoque les rapports entre les parents et les enfants. Ses personnages principaux, qui semblent sortis des tableaux d’Edward Hopper, sont fouillés et même si ce sont des êtres ordinaires, l’auteur sait nous faire éprouver de l’émotion à leur sujet. Les personnages secondaires sont eux aussi très soignés, comme la voisine de Laura chez qui elle se réfugie quand elle a le spleen. Julia est une femme cabossée par la vie dont le fils se bat en Irak, « s’obligeant à la légèreté, à la frivolité, sauvant les apparences pour ne pas céder au désespoir. »

                Le rythme des phrases s’adapte à leur contenu. Elles sont brèves, rapides, incisives pour énumérer les gestes minuscules et répétitifs du quotidien, elles deviennent plus longues et plus amples quand les personnages s’abandonnent à l’introspection. Le choix des mots est efficace, ne serait-ce que pour noter l’inconfort d’une brûlure sur le palais ou pour donner l’atmosphère de Tijuana, « une ville-frontière. La ville du mauvais côté ». Et toujours beaucoup de poésie dans le style pour décrire le spectacle des vagues de l’océan qui se brisent sur la grève par exemple.

                Encore une fois, Philippe Besson se révèle un écrivain bouleversant qui sait transmettre à ses lecteurs sa sensibilité généreuse.

 

Garde tes larmes pour plus tard, Alix de Saint-André

                Quand on a de l’admiration pour Françoise Giroud, on a envie de retrouver, dans sa biographie, un peu de son élégance, de sa classe, de la femme libre qu’elle a incarnée ou de son journalisme militant. Quand on se dit son amie, comme le fait Alix de Saint-André, on pourrait montrer un peu d’empathie et de respect pour la dame vieillissante qu’elle est devenue. Ce n’est pas très élégant de commencer le livre par la description d’une femme amoindrie qui a des trous dans ses chaussures et de la bave au coin des lèvres. L’emploi de termes aussi péjoratifs que « sa cervelle se raboutant » ou « court-circuit cérébral »pour parler de ses faiblesses est insupportable. On peut s’étonner d’apprendre un peu plus loin, qu’elle ne lisait pas les livres qu’elle critiquait alors que tout le monde connaît son professionnalisme. Sous prétexte d’être la seule détentrice de la vérité, puisqu’elle fait des recherches en accord avec sa fille, et sous prétexte de vouloir la défendre, l’auteur condamne les autres journalistes (en l’occurrence Christine Ockrent et Laure Adler) qui écrivent sur elle, avec des relents d’une jalousie qui donne la nausée. Or, elle-même s’attarde longuement sur les faits dévoilés par ses consœurs et qui sont l’objet de sa critique : d’une part les lettres anonymes que Françoise Giroud a écrites à la future belle famille de Jean-Jacques Servan Schreiber qui l’avait abandonnée et d’autre part sa judéité ou la syphilis de son père. Par contre, elle n’hésite pas à se mettre en avant et s’applique à montrer sa persévérance et son travail laborieux de documentation. Mais le détail de ses démarches et les échanges de mails avec la fille de Françoise, qui tentent de prouver l’authenticité de ses propos, restent fastidieux et inintéressants.

                On a affaire ici à un livre de règlement de comptes qui dévoile un milieu malsain où l’on égratigne, dès qu’on le peut, ses petites copines. Lire l’œuvre de Madeleine Chapsal, première femme de Jean-Jacques Servan Schreiber, est « une épreuve », à laquelle Alix de Saint-André, en biographe scrupuleuse, va malgré tout se soumettre…Et pourtant, tout ce petit monde hypocrite se retrouvera en pleurs aux obsèques de Françoise Giroud !

                Deux points intéressants cependant dans cette biographie déplaisante. Ce sont les rapports que l’on entrevoit entre la mère et la fille et les mots de Françoise à ce propos : «Vous savez, c’est terrible, ces mères qui ne meurent pas, qui refusent de vieillir, qui n’ont pas de cheveux blancs. » Et, d’autre part, les interviews des petits-enfants sur cette grand-mère atypique.

                En conclusion, cette biographie laisse un goût amer car l’auteur se met plus en valeur, elle, la biographe irréprochable, qu’elle ne met en scène la journaliste admirée et respectée dont elle se dit l’amie.

La vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joël Dicker

                  Après être devenu un écrivain vedette, Marcus Goldman connaît le syndrome de la page blanche. Pour essayer de sortir de cette impasse, il renoue avec son ancien professeur et maître, Harry Quebert, qui l’a bousculé pour qu’il devienne un grand écrivain. Mais, tout à coup, tout s’accélère. Il apprend que son ami, Harry, a été amoureux, à trente-quatre ans, d’une jeune fille de quinze ans, Nora, qui avait disparu, il y a quelques trente ans, et dont on vient de retrouver le squelette dans le jardin du professeur. Ne pouvant croire à sa culpabilité, Marcus décide d’enquêter sur ce drame et, pour cela, il s’installe à Aurora, petite ville du New Hampshire, dans la maison d’Harry, alors que celui-ci, que tout accuse, est enfermé en prison.

                On passe du présent  au passé, avec des retours en arrière qui permettent à l’écrivain de dénouer peu à peu les événements qui ont eu lieu autour du meurtre. Il leur donne un sens en trouvant une explication à toutes les énigmes qui n’avaient pas été résolues et les différentes pièces de l’histoire s’assemblent, sous nos yeux, comme pour un puzzle. Il n’y a pas de temps mort. L’enquête est bien menée et c’est avec habileté que l’écrivain nous entraîne dans ses méandres,  en nous faisant partager les certitudes inexactes de son héros, comme, par exemple, son assurance que la mère de Nola est toujours en vie.

                La structure du livre est elle aussi intéressante : chaque chapitre du livre est ponctué d’un conseil d’Harry à l’écrivain que Marcus, en bon élève, met tout de suite en pratique.
« Le premier chapitre est essentiel. Si les lecteurs ne l’aiment pas, ils ne liront pas le reste de votre livre. »
« Les mots sont à tout le monde, jusqu’à ce que vous prouviez que vous êtes capable de vous les approprier. »
« Le dernier chapitre d’un livre, Marcus, doit toujours être le plus beau. »
« Un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé. »

                Ce thriller est une critique de la société contemporaine où il est nécessaire d’occuper l’espace médiatique à un moment propice si l’on veut connaître la gloire. L’auteur met l’accent sur le rôle primordial de la communication aussi bien pour l’écrivain et l’éditeur, qui doivent faire la publicité de leur produit, que pour les avocats qui voient leurs honoraires augmenter à chaque passage à la télévision. « Les journaux, peu importe ce que vous y dites, l’important est d’y être », dit l’avocat d’Harry Quebert. Le monde de l’édition est particulièrement visé et l’on voit l’éditeur de Marcus Goldman lui proposer des écrivains fantômes, autrement dit des nègres, pour tenir les délais de publication. Joël Dicker fait aussi la satire des petites villes des Etats-Unis où les jalousies et les hypocrisies gangrènent le quotidien.

                La faiblesse de ce roman se situe au niveau des personnages qui sont souvent traités de façon caricaturale. C’est le cas pour la mère de Marcus, excessive dans son rôle de mère possessive ou de la mère de Jenny qui ne vit que dans le paraître. Que dire des déclarations d’amour d’Harry et Nola qui sont d’une puérilité et d’une pauvreté indignes d’un écrivain ?

                Mis à part ces quelques défauts, il faut reconnaître que l’auteur réussit le tour de force de nous tenir en haleine tout au long de ces six cent pages qui maintiennent le suspense jusqu’au bout.

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