Archives pour avril 2013

Le doux parfum des temps à venir, Lyonel Trouillot

                Ce recueil de poèmes raconte une histoire, celle d’une mère « en fin de route » qui s’adresse à sa fille et lui passe le relais en lui souhaitant d’être une femme libre. « Et souviens-toi qu’une femme libre est maîtresse de son parfum. » La fille devient la dépositaire du passé de sa mère qui doit lui servir de tremplin pour avancer dans la vie. Pourtant, cette mère a connu bien des épreuves. Elle est née dans un milieu hostile :
« Je suis la fille du cactus,
Fille d’une terre sèche à la peau de lézard. »
Elle a connu l’errance et la difficulté de survivre dans des pays toujours nouveaux. Elle n’a eu ni parents ni conjoint pour la soutenir et a dû assumer seule sa maternité et, à son accouchement, il n’y avait « Rien qu’une femme marquée de la fleur de la honte », parce qu’elle n’a pas voulu se plier aux conventions et que, amoureuse de l’amour, elle a vécu en femme libre de son corps :

« J’ai aimé l’amour’
Donné sans rechigner.
Et ils m’ont reproché de n’être pas la servante d’un seul. »
Elle a eu la malchance aussi de naître dans un pays à l’histoire douloureuse, Haïti, un pays blessé, meurtri, opprimé par des années de colonisation, d’esclavage, de dictature, un pays qui n’a pas été épargné par les violences de la nature et qui a été plusieurs fois dévasté par des cyclones, des tempêtes tropicales, des inondations, des glissements de terrain, des séismes, des épidémies.

« J’ai vu la violence des hommes et des éléments.
Et j’ai respiré l’odeur de la haine. »

                Mais la magie de la maternité l’a faite se redresser et avancer « debout et libre », pour reprendre les mots d’Aimé Césaire.
« Et puis quand tu es née, j’ai vu cette promesse sortie de moi.
Ton premier souffle, je l’ai tenu dans mes bras, je l’ai senti sur ma peau.
Tu es née avec une odeur de fruit pur, de rosée franche,
une odeur de route à prendre dans le matin clair.
Et j’ai chassé en moi toute idée de défaite. »
Elle a su préserver l’innocence de sa fille grâce à des mots, des berceuses, des contes, des légendes pour lui cacher la laideur de la vie. Elle a embelli son enfance avec des plantes aux parfums merveilleux : les jasmins, les bougainvillées, l’ylang-ylang, le vétiver, le flamboyant. Elle a recréé pour sa fille une famille exemplaire, avec des ancêtres honorables et un père présent à sa naissance. Mais aujourd’hui, elle lui doit la vérité car elle va devoir affronter seule les laideurs de l’humanité avec son éternelle soif de conquête et de domination :

« Demain tu mettras mes yeux face à la mer
et suivra ton chemin
vers ton parfum de femme.
Demain tu partiras vers ton unicité. »
Elle lui donne ses derniers conseils et l’engage à être une femme libre, maîtresse de sa vie sans se laisser envahir par la haine :

« Pour ce qui te concerne,
que tu fasses serment de désobéissance ou convention
qui t’éloignerait de ton essence. »

                Dans ce petit livre éblouissant de quelques pages seulement, Lyonel Trouillot nous propose, dans un vocabulaire très simple, des poèmes pleins d’humanité qui abordent des thèmes essentiels comme l’émancipation de la femme, la maternité épanouissante mais jamais étouffante, l’amour d’un pays malmené et surtout la liberté de mener sa vie à sa guise. Il faut souligner de plus que cette formidable déclaration d’amour d’une mère à sa fille contenue dans ce recueil est d’autant plus étonnante qu’elle est écrite par un homme et toute mère aurait aimé écrire ces vers :
« Je t’aimerai jusqu’à demain
quand tu coucheras mes yeux face à la mer
parmi les choses qui furent et ne sont plus,
et que tu poursuivras seule ton voyage inventé. »

La disparition, Georges Pérec

                Nous assistons ici à la disparition d’Anton Voyl ainsi qu’aux assassinats d’individus fouillant dans sa bio pour bâtir trois ou cinq suppositions. Nous avons là un polar pas toujours clair, parfois confus par l’accumulation d’imbroglios, maints quiproquos abracadabrants ou propos sibyllins. On voit mal où tout ça conduit.

                Mais, nous oublions Anton Voyl pour subir la fascination d’un G.P. hallucinant dans la sublimation du courant « Oulipo ». Nous voilà admiratifs pour la façon dont il distord son discours pour ourdir son plan initial. Ainsi, quand on lit La Disparition, on part à l’affût du travail abyssal voulu par G.P. pour accomplir son pari : il construit son roman sans l’utilisation d’ « un rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal ». Pour aboutir à sa fin, il lui fallait plus d’un diminutif, d’un accord grammatical plus ou moins approximatif, d’un mot d’argot, d’anglais ou latin, l’abandon d’un nom commun pour un plus savant, moult circonvolutions dans sa narration. Pratiquant l’imitation, il fait subir, non sans brio, la disparition aux mots d’Arthur Rimbaud ou d’Hugo, offrant un produit plaisant, jouissif. Occasion aussi pour noircir son bouquin d’importants propos ayant trait à la philo, aux maths, à l’anglais, aux conflits sociaux. Bravo pour l’innovation !

                Pour finir, si mon avis sur La Disparition paraît bancal, voici la raison : mon ambition consistait à discourir sur un grand roman, utilisant l’original carcan d’un brillant « scriptor », suivant son mot à lui.

                Saisira qui pourra !



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