Archives pour mars 2013

Abrégé hédoniste, Michel Onfray

                Ce petit livre est un condensé de la philosophie de Michel Onfray où il applique l’hédonisme (doctrine philosophique qui considère le plaisir comme un bien essentiel) à la psychologie, à l’éthique, à l’esthétique, à l’érotique, à la bioéthique et à la politique.

Psychologie :
Il l’oppose à la psychanalyse de Freud qu’il considère comme un affabulateur juste capable de transposer ses fantasmes individuels chez ses patients.
La psychologie, c’est l’art de la construction de soi ou de la reconstruction de soi qui est utile à la suite d’un traumatisme et qui permet de donner du sens au chaos existentiel de la personne.
Ethique :
Il souscrit à l’éthique hédoniste de Chamfort : « Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà toute morale ». « L’éthique est une affaire de sculpture de soi », dit Michel Onfray. C’est le triomphe de la pulsion de vie.
« Qui donne de la jubilation en reçoit en retour ; qui inflige des passions tristes écope d’une mise à distance. »
Esthétique :
Il s’agit de mettre en scène le présent, la chair désacralisée avec humour et de démocratiser l’art en éduquant le regardeur qui doit faire la moitié du chemin devant une œuvre d’art. Il faut faire de sa vie une œuvre d’art.

Erotique :
Il convient de se débarrasser de la morale judéo-chrétienne et de ses interdits pour aller vers une libido libertaire, libre, joyeuse qui se construit dans la liberté du consentement d’autrui.
« L’érotisme est à la sexualité ce que la gastronomie est à la nourriture : un supplément d’âme. »
Bioéthique :

Oui à la bioéthique comme combat hédoniste pour éviter du déplaisir, comme artifice pour pallier la nature, diminuer la souffrance. On peut envisager l’avortement ou l’euthanasie quand le cerveau est irrémédiablement endommagé.
Politique :
Il faut refuser la domination politique non pas en faisant la révolution mais en installant des micro-résistances dans la vie de tous les jours  et en pratiquant cette révolution au quotidien dans son entourage. En résumé, les Lumières font une proposition intéressante : «  Vouloir le plus grand bonheur du plus grand nombre », ici et maintenant.

Retour à Zornhof, Gérard Oberlé

                Le Retour à Zornhof, c’est le retour du héros, qui a beaucoup de similitudes avec l’auteur, dans son village natal. Après avoir mené une vie aventureuse et traîné ses guêtres dans de nombreux pays, Henri Schott éprouve le besoin de retrouver la nature vosgienne et de faire un retour aux sources. Une émotion qu’il n’attendait pas accompagne ses pas tout au long de sa visite, mais ce sentiment ne va pas émousser le sens critique de ce libertaire. Dès sa première promenade dans les rues, il juge sévèrement les couleurs criardes qui ont apporté un renouveau insolent aux maisons du village, ce village qui, contrairement à beaucoup d’autres, s’est développé en même temps que sa zone industrielle. Il parle du « mauvais goût caractérisant les aspirations au chic et propre d’une classe moyenne qui renie l’héritage plébéien de ses grands-parents. A Zornhof comme partout, la moderne forme d’asservissement que l’on appelle progrès avait changé les harmonieuses demeures des humbles en ridicules chacunières bourgeoises. » Loin de faire une description idyllique et nostalgique de la vie à la campagne, il pointe les aspects cruels de cette existence qu’ont menée ses aïeux et qui ne fait pas envie.

                Pourtant, il va tomber sous l’emprise des paysages grandioses des forêts lorraines et cet insoumis évoque avec tendresse les personnages attachants qui ont peuplé son enfance. D’abord, il y a cette mère-célibataire rejetée de la maison paternelle pour avoir fauté. Ensuite, sa grand-mère qui vivait sous la coupe d’un mari rigide et autoritaire mais qui connaissait les mêmes rêves que son petit-fils. Enfin, son oncle Gus, électron libre qui a brûlé ses ailes en répondant à toutes les sollicitations de la vie. Et lors de son retour sur la terre natale, il rencontre une figure à leur image en la personne de Marlène, la tenancière de l’auberge du Chat Rouge, au caractère bien trempé, qui après avoir beaucoup vadrouillé, vient s’installer dans ce décor reposant, loin des bruits et de l’agitation des grandes villes.

                Ce pèlerinage rythmé par le Voyage d’hiver de Schubert, « mélodies d’un musicien pour qui l’existence n’était plus qu’un voyage sans but à travers un monde figé dans une raideur hivernale », est comme un testament pour Henri Schott qui fait la paix avec lui-même et avec son passé.

                Quant à Gérard Oberlé, sa lucidité est tout à son honneur. Il est vrai que ce bourlingueur a fait l’expérience du monde. Il n’écrit pas une pastorale larmoyante car il sait que le monde idéal n’existe pas et que le réel est violent et brutal. Mais il sait aussi apprécier et nous faire apprécier des personnages généreux qui aiment la vie et une nature somptueuse qui dévoilent ses trésors à ceux qui en connaissent la valeur.

Pastorale américaine, Philip Roth

               Seymour Levov, dit le Suédois, demande une entrevue à Zuckerman, l’écrivain qui fréquentait le même lycée que lui, trente-six ans auparavant. Déçu par la vie lisse et sans histoire de son héros adulé autrefois pour ses performances sportives, Zuckerman va fouiller dans son passé et découvrir que les apparences sont parfois trompeuses.

                Seymour est un exemple de réussite sociale. De parents immigrés juifs qui ont fait fructifier leur entreprise de gants à force de travail, ce champion de base-ball, idolâtré par son entourage, hérite de l’usine et fonde une famille unie et aimante avec Dawn, sa femme, ex Miss New Jersey et Merry, sa fille qu’il adore. Ils vivent dans un décor de pastorale et incarnent le rêve américain. «  Leur famille est encore sur la trajectoire fulgurante des immigrants, cette trajectoire parfaitement ascendante, ouverte par l’arrière-grand-père, soucieux de se réaliser, puis par le père, indépendant, expert, plein d’assurance, jusqu’à celui qui s’élèvera au zénith, l’enfant de la quatrième génération qui trouvera en l’Amérique un paradis. » Pourtant, quand le narrateur déroule le film de la vie du Suédois, on découvre que, derrière ce monde « d’harmonie et de cohérence », il y a une « tache », pour reprendre le titre d’un autre roman de Philip Roth et cette tache, c’est la fille rebelle qui voue une haine farouche à Lyndon Johnson, responsable de la guerre du Vietnam, ainsi qu’à ses parents, représentants du capitalisme et exploiteurs des Noirs et de leurs ouvriers. Derrière la façade d’une existence réussie, Seymour Levov, cache ses blessures, miné par les choix de Merry, d’abord terroriste, poseuse de bombes, avec quatre morts sur la conscience, puis adepte de la secte jaïn et vivant dans la déchéance la plus sordide. Le monde du Suédois dont l’engrenage semblait si bien huilé s’écroule. Les masques tombent autour de lui laissant apparaître des secrets enfouis avec leur lot d’infidélité, d’hypocrisie, de trahison, de tromperie. A qui faire confiance ?

                Encore une fois, Philip Roth explore l’âme humaine dans ses moindres retranchements et fait vivre toutes les nuances qui la composent dans ses différents personnages, ce qui donne à son roman une richesse incomparable loin d’un manichéisme simpliste.

Némésis, Philip Roth

                Une épidémie de polio frappe Newark, dans le New Jersey en juillet 1944. M.Cantor, directeur d’un terrain de jeu voit peu à peu les enfants qu’il entraîne disparaître et en même temps, il observe les comportements violents et irrationnels de la population qui, cédant à la panique, n’hésite pas à reporter la culpabilité de ce terrible événement sur le premier venu et il assiste à une poussée d’antisémitisme quand le quartier juif est atteint par la maladie. Pour lui, le seul responsable de cette calamité est Dieu qui exerce sa vengeance sur de jeunes enfants innocents. Quant à lui, il se sent coupable de la propagation du virus puisqu’il l’introduit dans le camp de vacances des Poconos. Sa vengeance à lui consistera à sacrifier son amour car il ne veut pas imposer son handicap à sa fiancée, Marcia.

                L’auteur, à travers l’histoire de son héros et de son entourage, montre comment un fléau modifie les comportements et ce sujet n’est pas sans évoquer La Peste d’Albert Camus. Cette situation lui permet aussi de traiter la montée de l’antisémitisme dans cette ville d’Amérique parallèlement à ce qui se passe en Europe où Hitler est en train d’envoyer les juifs dans les camps de concentration.

                Grâce à une narration limpide, le lecteur se laisse entraîner sans difficulté dans les réflexions métaphysiques de Philip Roth qui sont récurrentes dans ses romans : la fatalité, la culpabilité, l’homme face à son destin et à sa mort.



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