Le bonheur conjugal, Tahar Ben Jelloun

           Le héros de ce roman, Imane, est un peintre hyperréaliste victime d’un AVC. Affublé de deux aides de vie, les jumeaux, il demande à sa femme de se tenir à l’écart et pendant son immobilisation forcée, sa vie passée défile dans sa tête. Il revoit la rencontre avec sa femme, leur mariage qui unit un fils de bourgeois avec une fille du bled mal acceptée par la famille du peintre et leurs deux ans d’amour fou jusqu’à la naissance de leur fils qui devient vite le centre de leurs préoccupations. Il décrit la mésentente puis la violence qui s’installent progressivement dans leur couple, qu’ils vivent à Paris ou à Casablanca. Le peintre sombre dans la dépression même si petit à petit il retrouve l’usage de sa main droite pour peindre et celui de ses jambes pour marcher. Seule son infirmière, Imane, lui apporte quelques moments de douceur par ses soins mais sa femme va tout faire pour l’éloigner de lui. Malgré tout, il n’arrive pas à se séparer de sa femme, par lâcheté certainement.

           Dans la deuxième partie du livre, c’est sa femme, Amina, qui donne sa version des faits après avoir découvert le manuscrit où son mari consignait ses réflexions sur leur couple. Elle raconte le désastre de la cérémonie de son mariage où la famille de son mari n’éprouve que du mépris pour la sienne. Elle se plaint de l’avarice de son époux qui ne la satisfait pas sexuellement. Sur les conseils de son amie féministe, elle va d’abord prendre des distances vis-à-vis de son mari puis, pleine de haine, elle tient sa vengeance le jour où elle décide de s’occuper de lui, diminué par sa maladie. « Je ferai tout pour qu’il soit ma chose, mon objet, mon malade, totalement, entièrement dépendant de moi et rien que de moi. »

           Bien entendu beaucoup de dérision dans ce titre « Le bonheur conjugal » car l’auteur a une vision très pessimiste du mariage et il considère cette institution comme une façade. Ce livre est un peu dérangeant car Tahar Ben Jelloun met ses deux héros sur un même plan d’égalité en les faisant intervenir l’un après l’autre et pourtant, il semble avoir plus d’indulgence avec Imane même s’il le présente comme un être égoïste, lâche, prétentieux qu’avec Amina qu’il présente comme une femme dure et sans indulgence. Autre élément désagréable dans ce roman, c’est l’accumulation de références aux metteurs en scène, peintres, philosophes, écrivains ou musiciens qui voudraient peut-être servir d’alibis culturels mais qui, en fait, ne font qu’alourdir la narration. Par contre, l’auteur aborde ici des problèmes intéressants comme la condition de la femme au Maroc encore soumise à sa famille puis à son mari ou comme le problème de la maladie et de la dépendance. Il est difficile, il est vrai, de « devenir une chose, un tas de pierres ou de sable, posé là dans un coin de la vie, totalement dépendant des autres » et de vivre « ficelé comme un paquet attendant sa livraison. » De la poésie aussi comme souvent dans les romans de Tahar Ben Jelloun. A propos d’une cousine atteinte de sclérose en plaques et qui demande à Dieu de lui donner encore un peu de temps, il dit : « elle était la mendiante du temps quotidien »

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