Les causes perdues, Jean-Christophe Rufin

               Hilarion Grigorian est un vieil Arménien qui s’ennuie en Afrique où il vit depuis toujours. Sa vie va devenir plus palpitante le jour où de jeunes humanitaires européens débarquent en Ethiopie. Il décide d’écrire son journal en notant les faits et gestes de ces jeunes gens et surtout de Grégoire auquel il porte un attachement particulier. Nous découvrons, à travers ses écrits, un fonctionnement tout à fait scandaleux de l’aide humanitaire en Ethiopie. Pour amener les « affamés » dans des camps où ils vont être soignés et nourris, le gouvernement n’hésite pas à organiser de véritables rafles au cours desquelles ils arrachent les habitants à leurs terres, séparent les familles, leur font parcourir des kilomètres où certains perdent la vie. Dès lors, se pose un dilemme pour les humanitaires : rester et devenir complice des actes d’extermination du gouvernement ou partir pour que ces exactions n’aient plus lieu d’être mais en contrepartie abandonner tous ces malheureux qui ont déjà été déportés. Grégoire choisit une troisième solution : rester et faire pression sur le gouvernement pour arrêter ce genre de pratique.

                Jean-Christophe Rufin qui a dirigé des missions humanitaires connaît bien leur fonctionnement et les personnes qui en font partie. Il sait que les motivations de ces « volontaires de la famine » ne sont pas toujours louables : ici, un enseignant mal payé s’engage pour pouvoir payer l’entretien de ses chevaux, un autre fuit les autorités de son pays. Cet écrivain qui connaît si bien l’Afrique nous donne un échantillon de la société éthiopienne, refuge des Italiens depuis l’époque fasciste. A côté de ces « ensablés », il y a les prostitués noires qui vendent leur charme aux Blancs, des étrangers bien installés qui souvent vivent de trafic (armes et avant esclaves) et parmi eux, Hilarion, le privilégié, pour qui la saison des pluies n’est pas synonyme d’inondations et d’épidémies, comme pour la plupart des indigènes, mais c’est un spectacle poétique où la nature réveille « les couleurs, les parfums, en inventant des rythmes sur les toits de tôle ». Il pousse même le cynisme, lui qui mène une vie vide de sens, à intriguer pour le maintien des humanitaires, malgré leur rôle contesté, car leur présence est une distraction pour lui.

0 commentaire à “Les causes perdues, Jean-Christophe Rufin”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire



Nonobi |
Aquareliane |
Bawhkalam |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tasnimafrances
| Tousmeslivres
| Souvenance.