Peste et choléra, Patrick Deville (Prix Femina 2012)

            Alexandre Yersin, élève de Pasteur, étouffe vite dans le milieu des chercheurs sédentaires à écouter des cours théoriques sur la microbiologie. Grand admirateur des aventuriers de l’époque, il envie le destin de Rimbaud qui a délaissé la poésie pour l’Afrique où il devient marchand d’armes, celui de Brazza, l’explorateur du Congo, de Livingstone et de Stanley sur les traces du Nil, de Conrad, de Cendrars ou de Pierre Loti qui sillonnent le monde. Lui aussi, il est attiré par le large et un jour il prend la mer pour l’Asie. Il devient médecin à bord des cargos puis sur la ligne Saigon-Manille. Il tombe amoureux du Viet Nam et, pendant ses journées de repos, il part à la découverte de l’intérieur du pays à la rencontre des ethnies montagnardes, les Moïs. « Yersin éprouve la fascination des solitaires irréductibles pour la vie en communauté, l’égalitarisme du communisme primitif et l’absence de la monnaie. »

                Un jour à Saigon, Calmette, un autre élève de Pasteur, l’invite à ouvrir avec lui un institut. Mais Yersin n’est pas encore prêt à se poser. Il repart exercer la médecine cette fois sur un bateau qui relie Saigon à Haiphong. C’est pourtant lors d’une escale à Nha Trang, au bord de l’océan Pacifique qu’il va trouver son port d’attache. Il ne cesse de s’émerveiller devant la baie bordée de cocotiers, le sable scintillant de la plage et la végétation luxuriante de l’arrière-pays. Las de la routine qui commence à s’établir sur le bateau, il s’installe dans cette ville où il soigne les habitants et surtout les plus pauvres sans les faire payer. « Je considère la médecine comme un sacerdoce, ainsi que le pastorat. Demander de l’argent pour soigner un malade, c’est un peu lui dire la bourse ou la vie. » Mais son caractère de baroudeur le conduit dans la jungle qu’il veut traverser pour rejoindre l’autre côté du Mékong jusqu’à Phnom Penh. « Ouvrir des routes, creuser des chemins dans l’inconnu », voilà ce pour quoi il est fait. Avec Paul Doumer, le futur président de la république française, il fonde Dalat, station d’altitude pour accueillir les colons en mal de fraîcheur.

               Puis, il est appelé pour traiter une épidémie de peste à Hong Kong où il monte un laboratoire de fortune et où il découvre, en autopsiant les cadavres, le bacille de la peste : Yersinia pestis. Il retrouve alors le goût de la recherche et monte un institut à Nha Trang. Suivent ensuite diverses missions à Madagascar puis à Bombay pour vacciner les pestiférés. Après avoir ouvert un hôpital à Hanoi, il revient à Nha Trang où ce touche-à-tout devient agriculteur, éleveur, planteur d’hévéas et de quinquinas, météorologue pour finir à quatre-vingts ans, à la veille de sa mort, par étudier les marées tout en traduisant des textes grecs et latins.

               Dans ce livre, Patrick Deville rend un hommage documenté et mérité à ce fils de Pasteur qui a contribué à répandre la science à l’autre bout de la terre, comme tous ces chercheurs appartenant à « la petite bande », partis soigner les maladies qui décimaient les peuples sur tous les continents. Dans la mouvance de cette race d’aventuriers qui désertaient les salons parisiens pour se frotter à la vraie vie, Yersin est une belle figure de philanthrope qui s’intéressait aux gens de peu et qui n’hésitait pas à former sur place des laborantins et à faire travailler les pêcheurs du coin. C’est donc avec beaucoup de plaisir qu’avec l’auteur, grand voyageur lui-même, nous suivons les pas de ce grand homme que seuls les Vietnamiens semblent honorer. C’est dommage que l’écriture de Patrick Deville gêne parfois la lecture. Il emploie trop de phrases nominales, courtes, juxtaposées qui donnent un style heurté, haché, saccadé. Ses phrases ne sont pas reliées entre elles et ces nombreuses ellipses rendent souvent difficile la compréhension.

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