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Archives pour octobre 2012

L’arpenteur, John Hopkins

          Avec le récit des pérégrinations de Caffery, un baroudeur américain qui arpente les routes du Pérou avec curiosité, nous assistons à une visite de ce pays loin de celle organisée par les tours operators. Dès les premières pages, le ton est donné et nous nous doutons que le voyage ne sera pas ordinaire. L’aventure commence sur la route alors que Caffety circule dans un camion qui transporte des cochons. Un choc brutal avec un autre camion décapite le chauffeur et son passager et des barres de métal transpercent la moitié de la cargaison. Remis de ses émotions, Caffery arrive à Lima où il déambule dans les différents quartiers de la capitale et dans ses rues bruyantes et populeuses, guidé par des gens du pays ou des personnes qui sont installées là depuis longtemps. Il nous fait découvrir les coutumes, les fêtes, les habitudes alimentaires, la vie des habitants.

          En compagnie d’Anne, une Anglaise établie dans la ville avec son petit garçon, il emprunte des pistes improbables pour accéder à des sites archéologiques à la recherche de « huacos », les poteries incas. Puis, il décide de partir dans la jungle où il descend la rivière Huallaga sur un radeau, au péril de sa vie, en s’arrêtant dans les villages qui bordent le cours d’eau, faisant la connaissance avec toutes sortes de personnages qui nous révèlent la vie difficile de ces contrées. A Yurimaguas, il est même incarcéré pour avoir tué un chien qui semblait le menacer. Enfin, son périple dans la forêt tropicale s’achève à Iquitos où il prend l’avion pour revenir à Lima.

           Mais sa vie ne devient pas un long fleuve tranquille pour autant. Il apprend à connaître les Indiens et leur philosophie de la vie, comme son ami Harry qui vit au jour le jour, dans la rue et qui accepte sa pneumonie sans se plaindre : « Il acceptait cette maladie avec une parfaite égalité d’âme, comme s’il n’y avait guère de différence entre la vie et la mort. » Il se lance dans l’élevage des vaches mais cette tentative s’achève par une catastrophe. Il habite quelques temps sur un chaland, en bord de mer et attrape lui aussi une pneumonie à force de vivre dans des lieux insalubres. Il va vivre sa convalescence dans l’hacienda de M. Alvarado où il prend la direction de la construction d’un barrage avec comme ouvriers des Indiens durs au labeur.

          Dans ce roman, l’auteur, avec ses descriptions, nous immerge dans les différentes atmosphères du Pérou, de celle désertique de la côte pacifique à celle humide et infectée d’insectes de la jungle, en passant par la brume froide et grise, « la garúa », de Lima ou en nous faisant partager la vie rudimentaire des Indiens de la Sierra. On découvre un pays de contrastes, riche en paysages variés mais aussi un pays cruel avec ses tremblements de terre, ses éboulements meurtriers, la chaleur suffocante du désert et les ravages du « pisco », cet alcool ami de tous les jours et qui permet d’oublier.

 

El cojo y el loco, Jaime Bayly

          Deux destins s’entrecroisent dans la narration de ce récit : celui du « cojo », le boiteux, et celui du « loco », le fou. Bobby, « el cojo », devient boiteux à l’âge de huit ans, à la suite d’une ostéomyélite, c’est-à-dire une infection de la moelle osseuse. A partir de ce moment, son père, Don Bobby, riche entrepreneur de Lima au Pérou et sa mère, Doña Vivian, le rejettent et l’obligent à vivre caché, dans une cabane au fond du jardin. A treize ans, ses parents l’envoient dans un collège, à Londres. Sur le bateau qui le conduit en Europe, il est violé par les matelots et le capitaine qui profitent de son infériorité due à son infirmité. L’absence d’amour de ses parents, les moqueries des autres enfants et les violences sexuelles subies lui donnent une rage de vivre, une envie de meurtre et une soif de vengeance qui seront désormais le moteur de sa nouvelle existence. Il s’entraîne avec excès à la piscine et dans une salle de sport pour devenir le plus fort physiquement. Quand il revient à Lima, à seize ans, rempli de haine, il se fait respecter par toute la population, même par ses parents, car tout le monde a peur de lui. Acoquiné avec Mario Hidalgo, un autre fils de bonne famille qui exècre la classe dont il est issu, il fait régner la terreur dans toute la région, lors de leurs virées en moto ou de leurs jeux avec leurs pistolets. Mais tout se gâte entre eux, lorsqu’ils tombent tous les deux amoureux de Dorita, la seule jeune fille qui avait manifesté un peu de tendresse pour le boiteux. Incapable de délicatesse, Bobby, par ses manières grossières et vulgaires, effraie Dorita qui se tourne vers Mario. Fou de jalousie, le boiteux n’hésite pas à tuer son meilleur ami, à violer Dorita qui, enceinte, se croit obligée d’obéir à la volonté de Dieu en épousant le meurtrier de son fiancé.

          « El loco », Pancho, de son côté connaît un sort un peu similaire. Fou, poilu et bègue, « el loco peludo tartamudo » est le déshonneur de sa famille. Eloigné de tous et caché, il trouve normal, lui, d’être laissé de côté car il n’a connu que cette situation depuis sa naissance. Il souffre de plus d’une sexualité précoce et débordante qu’il assouvit avec Juana, la mormone. Surpris en pleine action par son père, il est envoyé dans l’hacienda d’un ami à Huaral où il travaille dans les champs toute la journée. Il y connaît le bonheur car il est accepté et même apprécié par les peones et leurs femmes qui ne se plaignent pas de son addiction au sexe. Puis, il tombe amoureux de Lucy avec qui il a trois enfants. Mais sa vie va connaître un bouleversement avec la réforme agraire qui dépossède les propriétaires de leurs terres pour les redistribuer à ceux qui la cultivent et qui va l’obliger, lui et sa famille à revenir vivre à Miraflores, un quartier de Lima au bord de l’océan. Là, il change complètement d’attitude, refuse de travailler, s’adonne à la peinture et à la marijuana et c’est sa femme, qu’il délaisse sexuellement, qui doit travailler pour subvenir à leurs besoins et qui soutire de l’argent de son beau-père en jouant de ses charmes. Après avoir surpris Lucy et son père, Pancho décide de disparaître : il brûle sa maison et tous ses papiers d’identité, vole une banque avant de s’enfuir dans la montagne, à la recherche d’une « casita frente al río » Il la trouve, reste seul un certain temps avant de voir arriver un couple de Hollandais qui le vénèrent d’abord comme un dieu inca mais qui très vite s’enfuient effrayés par sa jalousie et sa brutalité. Tout comme «el cojo », « el loco » va connaître un destin tragique.

                Bayly raconte ici la destinée de ces deux personnages rejetés par la bonne société péruvienne à laquelle ils appartiennent qui n’accepte pas la différence et qui ne peut exhiber dans ses rangs des enfants avec un handicap. La honte et l’humiliation entraînent une haine qui va générer une extrême sauvagerie chez ces deux êtres aux instincts primaires. Le vocabulaire renforce ce sentiment de violence : beaucoup de jurons, de grossièreté, de termes ayant trait au sexe. Les phrases longues suivent le désordre des pensées de ces rustres, traduisent le bouillonnement de leurs idées et la confusion de leur esprit. Même s’il traite des thèmes difficiles comme le handicap ou le viol, il semble que l’auteur s’amuse à exagérer le côté outrancier de ses personnages, entraînant  dans son jeu le lecteur qui est séduit par son humour.

 



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