Archives pour août 2012

Du domaine des murmures, Carole Martinez

          Rebelle avant l’heure dans un monde où la femme ne se pose pas de questions et accepte son destin sans discuter, Esclarmonde, jeune fille de quinze ans du XIIème siècle, ne veut pas entrer dans le jeu de l’amour courtois fondé sur l’hypocrisie et refuse le mariage, imposé par son père, avec Lothaire de Montfaucon, jeune noble imbu de lui-même et pour qui la femme n’est qu’un vulgaire objet à sa disposition. Elle choisit de vivre en recluse et d’offrir sa vie au Christ malgré son appétit pour la vie et son amour de la nature dont témoigne sa dernière balade dans la campagne, à l’aube, avant de se faire enfermée et où elle a été violée. C’est dans ces conditions qu’elle se retrouve emmurée vivante, volontairement, dans une tour de pierre, construite spécialement pour elle, avec pour seule ouverture une « fenestrelle » qui lui permet de voir le changement des saisons grâce à l’unique érable qui se présente à sa vue et de communiquer avec les pèlerins et les quelques familiers qui lui sont restés fidèles comme son frère, Benoit, devenu prêtre, ou Lothaire qui a un comportement beaucoup plus humain depuis qu’elle lui a dit « non ». Ainsi, la rumeur du monde parvient jusqu’à elle et, de sa prison, elle a le pouvoir d’intervenir sur le monde extérieur, surtout après la naissance de son petit garçon, Elzéar, qui a surpris tout le monde et qui revient de chez son père les paumes percées, alors qu’elle le lui avait confié pour qu’il l’élève correctement. La rumeur s’empare de cet événement et crie au miracle. D’ailleurs, depuis qu’elle est enfermée, les terres du village sont plus fertiles et les décès moins nombreux. Désormais, elle est considérée comme une sainte et elle est écoutée par tout le monde, même par son père qui, fou de désespoir aurait dépéri chez lui si elle ne lui avait pas conseillé de partir en croisade pour expier ses fautes. Mais, Esclarmonde se détourne de la foi quand elle découvre l’amour maternel et la souffrance de la séparation. Les gens qui lui faisaient confiance vont aussi l’abandonner. On a vite fait de passer de la condition de sainte à celle de sorcière en ce temps-là !

          Carole Martinez s’empare de la tradition médiévale des recluses pour raconter avec beaucoup de finesse et de poésie la vie d’une femme qui se bat pour sa liberté. Elle insuffle à son héroïne une modernité tout à fait vraisemblable, mis à part ses visions qui lui permettent de suivre son père à la croisade. Mais on est dans un conte, ce qui lui donne le droit de s’adresser aux femmes d’aujourd’hui et de partager avec elles leur combat, toujours actuel, pour leur libération. L’auteur nous offre aussi des pages émouvantes sur les relations qui unissent la mère et son nourrisson. Quant au Moyen Age, Carole Martinez a su éviter le folklore habituel, insérant seulement de temps en temps des mots de vieux français pour ajouter un peu de couleur locale à son texte sans l’alourdir. Elle a, d’autre part, le mérite de dénier toute valeur de miracle aux faits bizarres qui se produisent en donnant pour chacun une explication rationnelle : l’agneau arrivé à l’église n’est pas un mystère, il a été lâché par sa sœur de lait et c’est dans des conditions tristement naturelles que son fils a été conçu.

          Ce roman a obtenu le prix Goncourt des lycéens en 2011.

Le premier homme, Albert Camus

          Le livre commence par la naissance du narrateur, Jacques, puis on fait un saut de quarante ans dans le temps et l’on retrouve Jacques devant la tombe de son père qui est mort à la guerre quand il avait un an. Selon la promesse faite à sa mère, il se recueille au cimetière de Saint-Brieuc et se rend compte alors qu’il ne sait rien de ce père dont personne ne lui a parlé. Il décide de partir à sa découverte, ce qui le ramène en Algérie auprès de sa mère. Là, les souvenirs affluent à sa mémoire et nous faisons connaissance avec son passé.

          Il y a d’abord sa famille, qui fait partie des colons sans argent, avec sa mère illettrée mais douce et laborieuse que Jacques aime d’un amour profond, son oncle Ernest, débrouillard et attachant malgré son handicap d’élocution et surtout sa grand-mère qui fait régner la terreur sur toute la maisonnée et qui n’est pas tendre avec le jeune Jacques. Il a vécu parmi eux une enfance dure mais il reconnaît que cette « pauvreté chaleureuse » l’a aidé à vivre.

          Et puis, il y a la figure magnifique de son instituteur, Monsieur Bernard qui n’est autre que Monsieur Clément, le maître de Camus auquel il rend hommage quand il reçoit le prix Nobel de littérature (Voir sa lettre ainsi que la réponse à la fin du roman). Monsieur Bernard était un maître sévère mais juste qui savait intéresser ses élèves en pratiquant la pédagogie active et qui est doté de toutes les qualités que Sarkozy déniait à l’instituteur dans son discours de Latran du 20 décembre 2007 : rôle important dans « la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal », il ne lui manque ni « la radicalité du sacrifice de sa vie », ni « le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». L’école laïque ne peut pas avoir de plus fervent défenseur.

          Ce retour vers le passé lui permet aussi d’évoquer l’histoire des premiers colons qui ont fui le chômage à Paris pour venir s’installer en Algérie. Il nous fait partager leur excitation en découvrant la terre promise mais aussi leur peur devant l’inconnu et les difficultés qui s’accumulent à leur arrivée.

          A travers ce récit et comme l’ont fait après lui Annie Ernaux ou Michel Onfray, Camus s’interroge sur le passage entre deux mondes, celui de la pauvreté et de l’illettrisme à celui de la culture. Comme eux, il éprouve la honte de sa condition de pauvre mais aussi l’envie de trouver sa place dans ce nouvel univers qu’il entrevoit et, lui aussi, ressent ce sentiment de « transfuge de classe » qu’a si bien analysé Annie Ernaux. Après sa réussite à l’examen de passage au lycée, il décrit ainsi cette impression de malaise et d’appréhension : « il venait par ce succès d’être arraché au monde innocent et chaleureux des pauvres, monde refermé sur lui-même comme une île dans la société mais où la misère tient lieu de famille et de solidarité, pour être jeté dans un monde inconnu, qui n’était plus le sien, où il ne pouvait croire que les maîtres fussent plus savants que celui-là dont le cœur savait tout, et il devrait désormais apprendre, comprendre sans aide, devenir un homme enfin sans le secours du seul homme qui lui avait porté secours, grandir et s’élever seul enfin, au prix le plus cher. »

          Enfin, tout au long de ce récit, Camus célèbre sa terre natale l’Algérie et ses habitants, le soleil et la mer, comme il le fait dans toute son œuvre.

          Ce roman est d’autant plus intéressant qu’il s’agit du manuscrit inachevé sur lequel Camus travaillait la dernière année de sa vie. On a affaire à un texte brut, qui n’a pas été retravaillé, ce qui explique quelques répétitions et quelques longueurs dans les phrases. Mais, en contrepartie, on a le privilège de lire les annotations et les variantes apportées par l’auteur, les hésitations devant les noms propres, avec l’impression d’assister ainsi à la genèse du roman.

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

          Sylvain Tesson raconte son isolement de six mois au bord du lac Baïkal, dans une cabane de trois mètres sur trois où il a choisi de vivre plus ou moins coupé du monde, pour fuir la vie parisienne et pour se mettre à l’épreuve. Il fait cependant quelques concessions à la civilisation avec des réserves de nourriture et de cigares et une quantité impressionnante de bouteilles de vodka qu’un camion transporte jusqu’à son nouveau logis. A cela s’ajoutent une soixantaine de livres et quelques visites de ses plus proches voisins installés à une cinquantaine de kilomètres.

           C’est dans ces immensités glacées qu’il va apprendre à vivre différemment, loin de la vie trépidante de la capitale dans un temps ralenti qu’il va devoir combler. Comme ses illustres prédécesseurs, les Robinsons de Defoe ou de Tournier qui s’imposaient des emplois du temps rigoureux pour ne pas céder à la déshumanisation, Sylvain Tesson trouve vite des occupations qui meublent ses journées et qui lui épargnent l’ennui. Il redécouvre les gestes élémentaires que pratiquaient nos aïeux, comme couper du bois ou pêcher l’omble pour améliorer ses repas. Il s’attache à tenir propre sa cabane. Mais c’est surtout le spectacle de la nature qui lui offre ses plus beaux moments de jouissance : la visite d’une mésange sur le rebord de sa fenêtre, le mouvement des branches dans le vent, le bruissement de la glace sur le lac, le paysage qui s’étend devant sa fenêtre et qui remplace avantageusement les images proposées par la télévision. Quand il ne s’adonne pas à la méditation et à l’observation du monde qui l’entoure et quand le temps le permet, il part, accompagné de ses chiens, pour de longues marches dans les forêts où il prend plaisir à croiser des cerfs, des gloutons ou même des ours. Sinon, ses journées s’organisent autour de la lecture et de l’écriture de son journal, « opération commando menée contre l’absurde ».

          Comme avant lui Thoreau ou Rousseau, Sylvain Tesson fuit la société de consommation pour quelques mois et fait l’apprentissage de la solitude et du temps retrouvé. Il se glisse dans cette nouvelle vie sans difficulté bien qu’il aimerait parfois faire partager son bonheur à la personne qu’il aime. Dans la lignée des romans américains de Nature Writing, ce journal de bord, souvent drôle, nous fait partager une empathie certaine avec la nature et foisonne de remarques judicieuses comme cette réflexion de son auteur qui, devant la beauté d’un coucher de soleil sur la neige, note la vanité de la photographie : « Aucun objectif photographique ne captera les réminiscences qu’un paysage déploie en nos cœurs. »

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère

          Comme le titre du roman l’indique, l’auteur s’emploie à raconter des vies qu’il a croisées et qui ont été brisées par le deuil. D’abord celle d’un couple et du grand-père qui, au cours du tsunami qui a frappé le Sri Lanka, pays où ils passaient leurs vacances, ont perdu leur fille et petite-fille. Ensuite, celle d’une famille avec trois jeunes enfants qui voit son quotidien bouleversé par le cancer puis la disparition de la mère.

          Emmanuel Carrère essaie de comprendre, en interrogeant l’entourage de ces personnes touchées par le malheur, comment on peut survivre après une disparition, d’autant plus que, dans les deux cas, ce sont des personnes qui avaient construit leur vie pas à pas, intelligemment et qui avaient atteint un certain bien-être. Cette analyse l’amène à réfléchir sur sa propre vie de couple et à l’envisager différemment.

          Autre thème traité dans ce livre, celui du surendettement puisque Juliette, la jeune mère atteinte d’un cancer et son ami Etienne qui l’accompagnera jusqu’à son dernier jour, se sont engagés dans la magistrature pour défendre la cause noble des surendettés qui se trouvent démunis face aux établissements de crédit. C’est l’occasion, pour l’auteur, de plonger dans les coulisses du crédit revolving tant décrié de nos jours. Peut-être quelques longueurs dans ces passages où l’analyse juridique et économique peut paraître un peu trop technique.

          Mais on saura tirer une leçon de vie de ce roman qui met en scène des personnages d’une dignité admirable dans les épreuves qu’ils traversent.

Mes années grizzly, Doug Peacock

          Traumatisé par la guerre du Viet Nam et les horreurs qu’il a vécues, notamment le massacre des enfants, Peacock a besoin « de quelque chose de stimulant pour remettre [son] existence en route ». Il va fuir la « syphilisation » et part traquer les grizzlys dans le Yellowstone. Il s’aperçoit alors qu’il y a bien des similitudes entre la façon de gérer le problème des grizzlys et celui de faire la guerre au Viet Nam. « La manière dont nous avons agi envers les Indiens pacifiés ou les villageois vietnamiens et celle dont nous avons géré la faune est absolument identique. » Ce qu’il veut, lui, c’est les traiter avec respect et ne pas empiéter sur leur territoire. Les grizzlis sont menacés non seulement par les touristes mais aussi par les responsables des parcs ou même les biologistes qui perturbent leur mode de vie en prétendant les protéger. Peacock observe leur comportement dans les moindres détails : régime alimentaire, accouplement, habitat, hibernation, jeux des oursons. Et même s’il gagne sa vie en faisant des photos pour un magazine, c’est pour lui un bonheur de vivre seul parmi ces animaux sauvages qui vont lui permettre petit à petit de vaincre ses vieux démons. Il éprouve un sentiment d’humilité dans les endroits habités par les ours : « Ce sont les derniers écosystèmes où l’homme n’est pas l’élément dominant. »

          Même s’il y a quelques longueurs et quelques répétitions dans ces chroniques qui s’étendent sur plusieurs années, puisque les journées à l’affût des grizzlis sont souvent semblables, ce livre se lit facilement et avec beaucoup de plaisir car Peacock n’est pas seulement le plus grand spécialiste de cette espèce, mais il est aussi un naturaliste émérite qui évoque les différentes sortes de fleurs et de plantes qui parsèment son parcours, en décrivant les paysages comme un véritable peintre et dans un style digne d’un grand romancier.

La liseuse, Paul Fournel

          Robert Dubois vit une vie d’éditeur somme toute assez banale. Beaucoup de livres à lire. Peu de chefs d’œuvre. La quantité prime sur la qualité. Cette routine l’amène, tous les week-ends, à la campagne (qu’il déteste) avec un sac rempli de romans qui racontent toujours la même histoire : « C’est l’histoire d’un mec qui rencontre une fille, mais il est marié et elle a un copain… » Puis, un jour, une stagiaire lui apporte des manuscrits sous la forme d’une liseuse, prétextant la modernité, la facilité de stockage, le peu d’encombrement de cet outil performant. Il se plie, bon gré mal gré à cet usage moderne, plus fasciné par la personnalité de la stagiaire que par cette nouvelle façon de lire. Comme tous les détracteurs de la liseuse, le vieil éditeur déplore les inconvénients mille fois entendus : plus de contact direct avec l’objet-livre, pas de partage possible d’un texte apprécié et surtout plus d’annotations dans les marges. Parfois même, son contact peut être un peu rugueux quand, à la suite d’un endormissement, la liseuse tombe sur le nez du lecteur !

          Pourtant, avec les jeunes stagiaires enthousiastes de la maison d’édition, il essaie d’entrevoir les différentes possibilités que pourrait offrir cet objet déstabilisant. La lecture électronique semble bien adaptée à l’assistance à la lecture ou à une extension par les jeux et des auteurs comme Alphonse Allais, Tardieu ou les auteurs de l’Oulipo paraissent tout indiqués pour ce genre nouveau. Autres exemples de textes qui pourraient convenir à la liseuse : la poésie, les feuilletons avec rebondissements, les sirandanes de Le Clézio qui posent une question un jour et donnent la réponse le lendemain. Une nouvelle vie pour le livre reste à imaginer : poème du jour, pensée du jour, proverbe, horoscope en vers, les blogs qui permettent de lire ou de relire autrement. Robert Dubois pense à Perec, auteur apprécié par l’oulipien Paul Fournel, et à ses formes d’écriture novatrices.

          La fin, où Robert Dubois semble penser que « Ceci tuera cela » et où il revient aux « fondamentaux » et à ses bons vieux livres-papier, pourra paraître décevante à ceux qui pensent qu’il y a de la place pour toute innovation à condition d’en faire un usage intelligent et raisonné.            

          Ce petit roman écrit avec beaucoup d’humour par un auteur qui se moque de la frilosité de certains, et peut-être de lui-même, devant un changement d’habitudes est parsemé de réflexions si justes sur le bonheur éprouvé par le lecteur plongé dans la lecture d’un bon livre : « Je ferme les écoutilles. Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, je lis. Coover est un écrivain difficile, il faut se glisser dans son armure, ce qui occasionne quelques ampoules et quelques gênes aux entournures et puis ensuite, c’est le grand confort inconfortable d’une vraie lecture. » Plaisir de lire, plaisir d’écrire aussi pour Paul Fournel qui s’adonne au jeu oulipien de la sextine pour écrire son roman avec la rotation à la rime des mots :. lire, crème, éditeur, faute, moi, soir.

Hypothermie, Arnaldur Indridason

          Hypothermie est une nouvelle enquête du commissaire Erlendur en Islande. Il est question de froid dans les trois histoires parallèles qui composent ce roman. D’abord dans celle qui concerne la vie privée du commissaire et qui le hante régulièrement. Il a vécu dans son enfance une aventure tragique où, avec son père et son frère, il s’est perdu dans la montagne et où son frère est mort. Ensuite, il y a la noyade du père de Maria qui a semble-t-il perturbé celle-ci jusqu’à la conduire à la pendaison. Enfin, il y a cette expérience tentée par des étudiants en médecine qui ont voulu suspendre la vie d’un de leurs amis en maintenant son corps dans le froid. C’est dans ce cadre glacé et sollicité sans cesse par ces différents événements que le policier, toujours aussi tenace et professionnel, enquête, sans le soutien de sa hiérarchie, sur le suicide de Maria. De nombreuses questions restent sans réponse et Erlendur soupçonne une vie bien plus complexe pour le couple Maria et Baldvin que celle qu’ils affichaient.

Dernière nuit à Twister River, John Irving

           Un père élève son fils au pays des draveurs, les flotteurs de bois, au nord des Etats-Unis jusqu’au jour où ils vont être obligés de partir parce que le jeune garçon a tué, avec une poêle, la maîtresse de son père, Jane, qu’il a confondue avec un ours. Nous assistons à leur fuite dans plusieurs états des Etats-Unis et jusqu’au Canada où Dominic, le père, cuisinier boiteux, travaille dans différents restaurants. Danny, lui, poursuit sa scolarité jusqu’à l’université avant de devenir un écrivain célèbre. Mais le passé va un jour les rattraper en la personne de Carl, l’amant jaloux qui veut venger la mort de Jane.

          Dans ce roman, John Irving déroule de nombreuses aventures improbables que ses deux personnages vont connaître tout au long de leur vie, à partir de cette dernière nuit à Twister River qui a emporté le corps de plusieurs personnes dans ses eaux torrentielles. Les personnages secondaires, qui croisent les chemins de Dominic et Danny, sont tout autant invraisemblables et pourtant tellement ancrés dans la réalité. Il y a Ketchum, l’homme des bois hirsute et grossier, prêt à exterminer sans état d’âme ses ennemis ou ceux qu’il n’aime pas, mais prêt à tout pour protéger ses amis. C’est d’ailleurs à lui que font appel Dominic et Danny dès qu’ils ont un problème car il est non seulement leur confident mais aussi leur conseiller. A l’image du capitaine Haddock, il a un langage cru mais imagé : « Bon dieu de bouse de bison ! » « Immaculée Constipation ». La femme de Danny, Katy, et qui est la mère de son petit garçon, Joe, est elle aussi un personnage hors norme puisqu’elle propose aux jeunes hommes en âge de partir au Viet Nam de leur donner un enfant pour qu’ils soient exemptés de guerre. Et puis, il y a Amy, la parachutiste, Tombe du Ciel, que Danny a rencontrée à une fête où elle a atterri nue dans une porcherie.

          En arrière fond, défilent les événements historiques qu’a connus l’Amérique : la guerre du Viet Nam avec la chute de Saigon, les élections présidentielles controversées où Bush est finalement sorti vainqueur devant Gore, les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak.

          Enfin, nous suivons la réflexion sur la création littéraire de la part de Danny qui écrit son roman sous nos yeux, et c’est en fait à la genèse de Dernière nuit à Twister River que nous fait assister John Irving.

          Beaucoup d’humour dans ce roman très riche comme dans tous ceux de l’auteur. Roman optimiste même si les personnages ont leur lot de souffrances et connaissent peut-être plus que d’autres les épreuves de la vie qu’ils arrivent plus ou moins bien à surmonter grâce à l’amour, l’amitié, la solidarité.

Voyage d’une Parisienne à Lhassa, Alexandra David-Néel

          Le récit de cette traversée des contrées arides du Tibet pourrait être monotone car il s’agit d’une marche chaque jour recommencée. Mais, Alexandra David-Néel sait la rendre attrayante et nullement ennuyeuse en racontant les différents événements qui ponctuent ses journées. Comment son fils adoptif, lama respecté, réussit, par la ruse, à convaincre un groupe de pèlerins de laisser reposer quelques jours une jeune fille épuisée, aux jambes martyrisées par des journées de marche, en jouant avec leurs croyances. Comment elle doit fuir les villages et ses habitants pour éviter de se faire repérer, elle, l’occidentale, qui n’a pas le droit d’entrer dans ce pays. Comment elle a failli se trahir en trempant ses mains dans l’eau et en leur redonnant l’apparence blanche qu’elles avaient avant d’être maquillées en noir. Comment elle use de ruses et de stratagèmes les plus divers pour tromper les pèlerins sur son identité, en dévoilant des qualités de comédienne expérimentée pour arriver à ses fins.

          Elle nous stupéfie par sa résistance physique qui lui permet de passer des jours sans manger ni boire et en dormant à la belle étoile et souvent sous la neige et dans le froid. Pas une plainte sur ces conditions de vie difficile mais une aptitude étonnante à apprécier les paysages dans leurs moindres détails et à nous faire partager son enthousiasme devant une nature toujours changeante. « Le paysage a repris son aspect de parc seigneurial. Or et pourpre, les feuilles d’automne flamboient parmi les bouquets d’austères sapins et jonchent le gazon saupoudré de neige légère. Jamais empereur, en aucun palais, n’eut tentures et tapis aussi somptueux. »

          Chaque fois que l’occasion se présente, elle nous explique des faits de civilisation dans des digressions ou des notes de bas-de-page très précises, comme par exemple la tradition à résonnance biblique du bouc émissaire humain qui est chassé de Lhassa pour éviter le mauvais sort à la ville.

          C’est toujours avec humour qu’elle raconte ses mésaventures et les dangers auxquels elle doit faire face. Par exemple, elle se serait bien passé de cet épisode sur la rivière où elle reste bloquée sur un câble, ancêtre de la tyrolienne si prisée aujourd’hui. Et puis, elle sait maintenir le suspense en laissant entrevoir dans son récit de prochaines péripéties.



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