Cérémonies barbares, Elisabeth George

                Un élève de l’école privée de Bredgar Chambers a été sauvagement tué et retrouvé près du cimetière. Mais, ce n’est pas n’importe quel élève. Il s’agit de Matthieu Whateley qui ne se trouvait pas à sa place dans cet établissement huppé. Boursier avec des parents ouvriers, il ne connaissait pas les codes de ce milieu. Alors, s’est-il enfui pour échapper à des harcèlements et, si c’est le cas, qui a-t-il rencontré sur sa route ? Plusieurs causes sont possibles pour expliquer ce crime : la différence de milieu social, le bizutage, la pédophilie, le racisme. Encore une fois, l’inspecteur Linley et Barbara, le sergent qui le seconde, vont partir dans plusieurs directions avant de dénouer le mystère. Pour avoir des réponses à leurs questions, ils devront bousculer les apparences respectables et la réputation de cet établissement privé où des membres très influents du conseil d’administration dérogent aux règles d’inscription et où professeurs et élèves ont des secrets à cacher. Encore une fois, Linley, victime de ses émotions et de ses amitiés, ici avec John Corntel, professeur d’anglais et ancien d’Eton comme lui, aura tendance à tirer des conclusions trop hâtives. Le bon sens de sa coéquipière ne sera pas inutile pour le guider vers la découverte de la vérité.

                Les principaux acteurs de cette histoire, que nous suivons depuis le premier thriller d’Elisabeth George, « Enquête dans le brouillard », sont des êtres de chair et de sang qui doivent résoudre leurs problèmes personnels tout en menant une enquête criminelle. Linley, en amoureux transi, attend des nouvelles d’Hélène qui s’est éloignée de lui pour prendre du recul après une enquête difficile où elle était impliquée. Saint-James, le médecin légiste et ami de Linley, et Deborah, sa femme, connaissent des difficultés dans leur couple. Quant à Barbara, elle a du mal à mener de front, son travail dans la police et sa cohabitation avec des parents malades et dépendants.

                L’intrigue est bien menée avec de nombreux rebondissements. Mais le roman est intéressant aussi pour la critique qu’il fait d’une certaine forme d’éducation où les convenances doivent être respectées au mépris du bien-être des enfants, à l’image de l’établissement qui propose une façade agréable au visiteur alors que les élèves évoluent dans un intérieur complètement délabré.

Voir le jour, Emma Giuliani

                Livre pop-up pour enfants qui émerveille les adultes, par la poésie du texte et des illustrations. Des phrases à l’infinitif, pour dire la beauté de la vie, de la naissance à la mort : partage, amour amitié, fragilité et résistance. Des personnages stylisés dessinés en ombres chinoises et des fleurs de toutes les couleurs pour accompagner les différents moments de l’existence.

                Un livre rayonnant qui se déplie en accordéon et qui invite à animer les objets en soulevant des rabats sur chacune des pages.

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

                Roman distrayant, vite lu, qui nous entraîne dans un tourbillon de folie, en nous faisant partager la vie d’une famille complètement fantasque. Elle ne connaît pas d’horaires, elle fait la fête en permanence et les parents dansent sans arrêt sur le disque de Nina Simone, « Mister Bojangles ». Avec eux, « Mademoiselle Superfétatoire », une grue ramenée d’Afrique, qui les suit partout, même en vacances. Le mari appelle sa femme par un prénom chaque jour différent. L’épouse perd son travail de fleuriste en refusant de faire payer les clients, sous prétexte que les fleurs c’est joli et ça doit être gratuit. Quant au fils, pas question qu’il suive une scolarité régulière. Voilà la réponse de la mère à l’institutrice qui s’inquiète de ses absences : « Là-bas, les amandiers sont en fleur, vous ne voulez quand même pas que mon fils rate les amandiers en fleur ! C’est son équilibre esthétique que vous allez faire vaciller. » Poursuivie par le fisc, la mère met le feu à l’appartement et se retrouve dans un hôpital psychiatrique d’où elle s’évade avec l’aide de son mari et de son fils. La famille se réfugie dans le sud de la France et choisit une limousine pour passer inaperçue.

                Deux narrateurs pour raconter cette histoire. D’abord le fils, qui donne sa vision naïve des choses et qui entre tout naturellement dans la folie de sa mère. Son récit est savoureux, car il n’assimile pas tout ce qu’il voit ou entend. Il prend les expressions au pied de la lettre, comme pour cet ami de la famille, un sénateur surnommé « L’ordure », qui saute sur toutes les occasions, en l’occurrence toutes les amies de sa mère. Il trouve sa vie tout à fait normale et adore ses parents complètement irresponsables qui le font boire et fumer avec eux. C’est ensuite le père qui donne son point de vue sur cette existence surréaliste, depuis qu’il a rencontré sa femme. « J’avais rencontré un Don Quichotte en jupe et en bottes […] Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. »

                Du rire et de l’émotion à la lecture de ce livre où l’auteur manie la fantaisie avec beaucoup de délicatesse.

Ensemble encore suivi de Perambulans in noctem, Yves Bonnefoy

                Au crépuscule de sa vie, Yves Bonnefoy explore son passé, le monde dans lequel il a vécu et il se rappelle les personnes qui l’on accompagné. Il retient la beauté malgré la noirceur de la vie. Ici, c’est un paysage, là, un ami qui lui a fait confiance et à qui il rend hommage. Les souvenirs se mêlent : ceux de la femme aimée, ceux des enfants qui prolongent la vie. Défilent l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte. Il remonte même aux origines du monde avec l’évocation d’Adam et d’Eve. Quand il revient à la maison vide du « très lointain autrefois », les souvenirs s’effritent, comme tombent en poussière le roi ou la reine que découvre l’archéologue. Il se revoit enfant, en train de lire dans le grenier où il retrouvait une malle regorgeant de livres et de magazines qui le faisaient rêver. Mais, pas de nostalgie car les souvenirs embellissent le passé : « Seul a réalité le rêve que tu fais d’un verger, d’un matin de belle saison, de ces fruits déjà presque trop mûrs que tu ramasses dans l’herbe, attentif à la guêpe et à l’abeille. » Riche de cette mémoire, Yves Bonnefoy s’achemine vers un avenir incertain, « Preambulans in noctem », qu’il porte religieusement dans une coupe mystérieuse : « J’ai pris la coupe, à deux mains, les fumées de sa profondeur s’épaississent, elles m’empêchent de voir où je vais, dans cette nuit maintenant, et je ne sais pour combien de temps il me faudra la porter, avant de toucher du genou à peut-être une table basse. »

                Tout au long de ces textes en vers ou en prose, Yves Bonnefoy glorifie le poète, cet éternel voyant qui a pour tâche de dévoiler, aux aveugles que nous sommes, le sens caché des choses, et cette signification latente n’est pas toujours agréable à entendre. Le poète déchiffre le monde qui l’entoure, par exemple, au petit matin, quand l’inspiration afflue devant le spectacle de la nature en éveil. « Je crois en une beauté par-derrière le monde. Tout ce que nous avons, ce sont des planches mal clouées, mal debout, déjointes. Tu donnes des coups dedans, elles tombent. » Il lègue à ses amis la vie avec sa beauté et ses laideurs. Il célèbre la musique qui rapproche les êtres et leur permet d’entrer en communion vers la lumière. Et surtout, il rend un vibrant hommage au peintre qui sait si bien montrer l’âme des choses et leurs couleurs, rendre le mystère de l’amour et peindre l’immortalité.

                Dans ce dernier opus, Yves Bonnefoy nous offre à pleines coupes les mots et la poésie que d’autres lui ont offerts auparavant. Il fait œuvre, non seulement de poète, mais aussi de musicien par le rythme de ses phrases et de peintre quand le moindre paysage ou la plus insignifiante des chambres deviennent, dans ses lignes, de véritables tableaux. C’est un bien beau cadeau que nous a fait Yves Bonnefoy avant de disparaître en juillet dernier. A travers une quête personnelle, il donne du sens à notre présence au monde par le prisme de la poésie qui ranime les mots.

Lolita, Vladimir Nabokov

                Comme le suggère le sous-titre de Lolita, il s’agit de la « confession d’un veuf de race blanche », de quarante ans, qui a épousé Charlotte pour être au plus près de sa fille de douze ans. Un accident providentiel le libère de sa femme qui se fait écraser alors qu’elle venait de découvrir les jeux pervers de son mari avec sa fille. Le veuf feint d’être éploré, mais il se réjouit en fait d’avoir Lolita à sa merci. Plus d’obstacles pour vivre ses amours malfaisantes avec sa belle-fille. Il l’éloigne de son environnement habituel et tous deux entreprennent un périple à travers les Etats-Unis, changeant d’hôtel tous les soirs pour ne pas éveiller les soupçons. Ils font de temps en temps quelques pauses dans des lieux où ils commencent à avoir un semblant de vie sociale avec la scolarisation de Lolita, par exemple. Mais la jalousie du narrateur les pousse à déménager, dès qu’il sent que la fillette lui échappe. Lasse de cette vie d’esclave sexuelle, Lolita finit par s’enfuir, avec l’aide d’un homme que son beau-père recherchera pour le tuer.

                Dans ce récit écrit après son arrestation, le narrateur, Humbert, s’adresse aux lecteurs, aux juges, aux jurés pour tâcher de les convaincre de la légitimité de son amour plus fort que la décence et la morale. Il sait que ce qu’il fait est abject. Il avoue sa pédophilie et son sadisme, mais il se dit victime d’une pathologie incontrôlable. « La toute première fois que je la vis jouer, je me souviens d’avoir été submergé par un spasme de plénitude esthétique presque douloureux ».

                Ce livre paru en 1955 a d’abord été interdit en France et il n’est pas sûr qu’aujourd’hui il serait mieux accueilli par la critique, même s’il fait partie des chefs d’œuvre de la littérature. Mais il faut reconnaître des qualités esthétiques à ce roman scandaleux et dérangeant qui nous entraîne dans une intrigue soutenue, même si l’on n’adhère jamais aux sensations et émotions du héros devant les corps dénudés des « nymphettes » innocentes et détruites par leur absence d’enfance.

La part des choses, Benoîte Groult

                Plusieurs couples autour de la cinquantaine entreprennent un tour du monde en bateau, pour chercher de meilleures raisons de vivre qu’à Paris. Chacun se trouve dans une situation instable qu’il a du mal à assumer : l’usure de l’amour, la difficulté de vivre l’amour libre dans le mariage, le départ des enfants, la peur de la maladie, la dégradation des corps avec l’arrivée de la vieillesse. Mais, d’autres éléments vont venir bousculer tous ces personnages. La monotonie de la traversée, le mal de mer, l’ennui, le huis-clos étouffant dans lequel ils se trouvent confinés, vont avoir raison des nerfs de certains. La réaction à ces contretemps et à la remise en question de leur existence sera différente suivant la personnalité des personnages : retour à Paris ou installation dans un monde où la vie semble plus facile avec ses fêtes, ses vahinés et sa sensualité. Pour Marion, ce sera, à la fin du voyage, le retour en Bretagne où elle retrouve le goût des choses vraies, sa complicité avec ses deux filles, la passion commune de la pêche qu’elle partage avec Yves. Bref, après une vie de tumulte, c’est l’apaisement.

                L’intérêt de ce livre n’est pas dans les thèmes qu’il aborde et qui sont repris dans de nombreux romans aujourd’hui. Mais c’est parce que l’écrivaine féministe qu’est Benoîte Groult est une des premières à traiter l’amour libre et la place de la femme dans le couple. A son époque, dans les années 70, La part des choses fait figure de roman militant.

Celle que vous croyez, Camille Laurens

                C’est l’histoire de Claire Millecam, de Claire Antunès ou de Camille. Comment savoir ? L’auteur manipule le lecteur dans ce roman qui raconte les désastres que peut ou que pourrait entraîner une histoire d’amour initiée sur Internet. Claire Millecam, professeur d’université, divorcée, mère de deux enfants et à la fin d’une relation avec son amant, Jo, a du mal à assumer son statut de cinquantenaire délaissée. La jalousie la conduit sur le Net où elle entame une discussion avec Chris, l’ami de Jo. Ils se retrouvent régulièrement sur la toile. Camille se prend au jeu et tombe bien évidemment amoureuse de son internaute. Camille Laurens use alors des subterfuges de l’écrivain pour imaginer plusieurs dénouements à cette aventure virtuelle, en faisant intervenir plusieurs personnages qui donnent chacun une version différente. Celle de Claire Millecam se confiant à son psychiatre, celle du roman qu’elle a écrit sur cet épisode de sa vie, celle de Jo qui avoue avoir menti par dépit, celle de Camille, double de Claire, dans une lettre à un ami. Dans toutes les variantes, l’imaginaire et le réel se mêlent dans un enchevêtrement inextricable qui entraîne les pires situations. On commence par tricher avec la réalité en s’inventant un nouveau profil. La vie privée, l’âge et le physique sont revus et corrigés. On multiplie les mensonges et la surenchère aboutit à des négligences fatales. La confrontation avec la réalité brutale génère souvent déception, désillusion et jalousie. Claire est même jalouse de l’avatar qu’elle a créé. « Etre détrompé est pire qu’être trompé, on n’est plus protégé par l’illusion, on n’a plus rien devant les yeux pour nous masquer le réel – plus de voile sur son éblouissante nudité. »

                Camille Laurens met l’accent sur un danger de notre époque : les rencontres virtuelles qui peuvent provoquer une véritable addiction quand on ne peut plus dissocier les fantasmes de la vie réelle. Elle dramatise son histoire jusqu’à imaginer une fin tragique comme la folie ou le suicide. La description des états d’âme de Claire, dans la première partie, traîne un peu en longueur et on se perd parfois dans les méandres du récit. Mais, Camille Laurens réussit à nous intéresser aux diverses hypothèses qu’elle envisage en faisant intervenir plusieurs témoins qui rendent cette histoire plausible et en traitant de façon moderne, via Internet, les changements d’identité avec leurs conséquences déjà évoqués dans le théâtre de Marivaux, auteur qu’elle admire. Ce livre est aussi un violent réquisitoire contre les inégalités entre les hommes et les femmes au moment du vieillissement. Claire est en effet rejetée par son compagnon plus jeune quand il apprend son âge.

Le lieu du crime, Elisabeth George

                Une troupe de théâtre est réunie dans la maison familiale du producteur, pour répéter une pièce. Au cours de la première nuit, un crime est commis. La victime n’est autre que Joy Sinclair, l’auteur de la pièce. Beaucoup de questions se posent et notamment, comment l’assassin a-t-il pu pénétrer dans la chambre fermée à clé ? Le célèbre détective Linley intervient avec, à ses côtés, son adjointe Barbara, couple explosif dans la première enquête d’Elisabeth George, mais qui commence ici à mieux se connaître et à s’apprécier.

                La recherche du coupable est compliquée par les relations qu’entretiennent les acteurs entre eux. Beaucoup d’infidélités sont commises qui génèrent de la méfiance voire de la haine, susceptible d’être le mobile du crime. A cela vient s’ajouter des histoires de famille où les secrets sont bien gardés pour préserver les liens du sang. Mais c’est Linley lui-même qui va être l’entrave principale à la découverte de la vérité. Miné par la jalousie car la nuit du meurtre son amie Helen a couché avec le metteur en scène de la pièce, il veut à tout prix prouver la culpabilité de son rival. Barbara, plus clairvoyante aura bien du mal à lui démontrer qu’il fait fausse route.

                Dans une première partie qui consiste en un huis-clos où les acteurs règlent leurs comptes entre eux, Elisabeth George évite ni les clichés ni une description convenue du monde du spectacle. Les comédiens sont représentés comme des êtres superficiels qui font des caprices, qui ont un ego surdimensionné, qui sont toujours en concurrence et qui ont une vie sexuelle débridée et compliquée. Les personnages sont nombreux et il est difficile de discerner les liens qui les unissent. Par contre, dans la deuxième partie, l’enquête évolue, devient plus intéressante car l’auteur brouille les pistes et introduit plus d’action, jusqu’à la poursuite finale.

Le gang des dentiers fait sauter la banque, Catharina Ingelman-Sundberg

                 Pourquoi se méfier d’une bande de vieux qui paraissent inoffensifs et qui tiennent des propos pas toujours cohérents ? Pourtant, si Märtha, Stina, Greta, Le Génie et Le Râteau se sont échappés de la maison de retraite où ils étouffaient et où on les assommait de médicaments, ce n’est pas pour rester inactifs. Ils vont transformer le monde à leur façon, en volant les riches pour distribuer aux pauvres. Les casinos de Las Vegas, les banques de Suède seront les victimes et les bénéficiaires seront les maisons de retraite et les lieux de culture dépourvus de moyens. Il va leur falloir beaucoup d’énergie pour arriver à leurs fins. Mais le gang des dentiers n’en est pas exempt. Ils vont être confrontés à des policiers peu scrupuleux, des avocats véreux, à des Hells Angels violents et marginaux. Qu’à cela ne tienne ! Ces nonagénaires bons vivants et joyeux ont des ressources. Ils sont roublards mais inventifs et réactifs. Prothèses et déambulateurs améliorés deviennent des outils de travail efficaces et ils ne sont jamais à court de bons plans pour se tirer des situations les plus délicates, avec l’aide d’internet qu’ils manipulent à la perfection.

                De la vie, du dynamisme et de la légèreté dans ce roman où fourmillent des situations cocasses, même si parfois l’action traîne un peu en longueur. Lecture malgré tout distrayante avec ces Robin des Bois sympathiques.

La promesse de l’aube, Romain Gary

                Au début du roman, Romain Gary a 44 ans. Il paresse sur la plage, dans la baie de San Francisco, laissant défiler dans sa tête, toute sa jeunesse, fortement marquée par la présence envahissante et surprotectrice de sa mère avec laquelle il entretenait une relation fusionnelle. Il se revoit, tous les deux, d’abord en Russie où elle l’élève seule en jouant la comédie pour gagner sa vie, transbahutant son enfant dans les diverses loges de ses tournées. Ensuite, ils déménagent à Wilmo, en Pologne, où elle confectionne des chapeaux qu’elle vend comme elle peut. Puis, sur un coup de tête, elle décide de partir en France, où, à Nice, ils trouveront un semblant d’équilibre.

                La vie n’est pas toujours facile avec une mère excentrique et impulsive pour un jeune garçon qui ne demande qu’à passer inaperçu. Entièrement dévouée à son fils, elle se débrouille toujours pour qu’il ne manque de rien. Elle lui prédit un brillant avenir et, pour qu’il devienne un jour célèbre, elle n’épargne ni sa santé, ni son argent. Toutes les capacités de l’élève sont testées auprès de nombreux professeurs : cours de violon, de danse, de musique, d’équitation, d’escrime, de latin, d’allemand, de calligraphie, d’élocution, de maintien, de théâtre. Education anarchique et tentatives avortées devant le peu d’enthousiasme et de réussite de Romain. Pendant la guerre, il s’engage dans l’armée de l’air. Sa mère suit de loin son parcours, lui prodiguant toujours les conseils les plus fantasques, comme celui de tuer Hitler.

                Pourtant, elle est sûre que son fils sera un jour ambassadeur, chevalier de la légion d’honneur et auteur dramatique. Même si l’enfant est étouffé par cet amour excessif, adulte, il donnera raison à sa mère en épousant la carrière que nous lui connaissons. Rejeté par ses camarades à cause des extravagances maternelles, il se réfugie dans la lecture (Walter Scott, Arsène Lupin, L’île au trésor, les Fables de La Fontaine) et l’écriture. Après des débuts difficiles, il connaît le succès avec un premier livre, Education européenne, qui paraît d’abord en Angleterre. En même temps, il reçoit la croix de guerre des mains du Général de Gaulle et on lui propose un poste d’ambassadeur. Mais sa mère ne connaîtra pas cette gloire dont elle rêvait.

                Beaucoup de dérision dans cette autobiographie où Romain Gary se moque de lui-même en train de se dépêtrer des marques d’affection et des exigences de sa mère. Il reconnaît d’ailleurs l’importance de l’humour dans sa vie : « L’humour a été pour moi, tout au long du chemin, un fraternel compagnonnage. Je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. » Mais aussi, beaucoup d’émotion, chez ces deux êtres qui s’adorent et qui ne vivent que pour le bonheur de l’autre. Le fils, incapable de réaliser les rêves de sa mère, lui raconte des histoires pour éviter de la décevoir. La mère, qui ne veut pas perturber la carrière de son fils, lui écrit des lettres qui seront envoyées après sa mort, pour lui faire croire qu’elle est toujours en vie.

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